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La critique des médias dans les Cahiers — les journalistes

Les Cahiers du Foot et la critique des médias (2/4)

Jérôme Latta, directeur de la publication des Cahiers, nous répond

vendredi 23 octobre 2009, par Vivien B.

Les Cahiers du Foot et la critique des médias (2/4)

Parmi les innombrables médias qui évoquent régulièrement le PSG, rares sont ceux qui furent épargnés par nos Reprises de volée. Mieux encore, certains se sont affirmés comme des références dans l’analyse et le décryptage des médias sportifs. Ces commentateurs atypiques s’appellent les Cahiers du Football. À quelques semaines de la sortie du prochain numéro du magazine papier, nous avons longuement interrogé Jérôme Latta, fondateur des Cahiers en 1997 et actuel directeur de la publication du magazine. Au menu : les Cahiers du Football — le journal, le site et le forum —, leur critique des médias, la presse sportive en général et la médiatisation du PSG en particulier, et enfin un retour sur le Ballon de Plomb 2006 attribué à Bernard Mendy.

Interview réalisée vendredi 16 octobre 2009.

- Première partie : les Cahiers passés au crible — le journal, le site et le forum —, et leur sentiment sur la presse sportive en général.
- Deuxième partie : la critique des médias, les journalistes.
- Troisième partie : la médiatisation du PSG et de ses idées reçues.
- Quatrième partie : le Ballon de Plomb de Bernard Mendy.

La critique des médias dans les Cahiers

L’un des points communs qui rapproche PSGMAG.NET des Cahiers tient à l’attention portée aux médias, au décryptage de certains textes et à l’analyse des emballements médiatiques. Nous avons interrogé Jérôme Latta sur le fonctionnement des CDF dans cet exercice de critique des médias, et sur son sentiment à propos de la presse sportive en général.

[Interminable question sur les objectifs actuels des Cahiers]
Ça tient à l’idée de départ, qui est encore l’idée d’arrivée : quand on a créé le site, en étant trois copains, cela procédait de notre frustration de lecteurs de presse sportive. Nous ne trouvions vraiment pas notre bonheur dans les médias existants, et nous avions la possibilité de créer un site Internet avec très peu de moyens — quasiment aucun moyens d’ailleurs, juste quelques connaissances techniques. Nous avons donc fait le média de foot que nous avions envie de voir. Essayé, en tout cas, de faire le média de foot qui nous manquait. Bien sûr, nous n’avons jamais eu les moyens de faire exactement le journal de foot ou le site internet de foot de nos rêves, mais le point de départ était vraiment une frustration, parfois même une colère, contre le traitement médiatique classique du football. Ça ne s’est pas arrangé, dans la mesure où aujourd’hui, par rapport à il y a dix ans, l’offre est beaucoup plus large, mais qualitativement, sur bien des aspects, elle s’est fortement dégradée.

« On a un peu une relation d’amour-haine avec L’Équipe. »

Vous tapez plus sur L’Équipe que sur le reste des médias [1]. Est-ce parce que c’est le principal leader d’opinion, parce que vous ne lisez pas le reste, ou que les autres ne vous agacent pas ?
J’ai l’impression que la critique des médias sur les Cahiers est représentative du poids des différents médias dans le paysage médiatique français. L’Équipe, ce sont 320 000 exemplaires en moyenne vendus par jour [2]… Et il n’y a pas que L’Équipe, il y a aussi les télévisions que nous regardons d’un œil critique, elles représentent aussi un poids très, très important. On nous reproche parfois de « toujours taper sur » L’Équipe, Jean-Michel Aulas ou Jean-Michel Larqué, que les gens qui émettent ces critiques présentent comme nos têtes de Turc. Je ne pense pas que ce soit ça. Notre critique n’a aucun caractère systématique, nous nous déterminons par rapport à nos principes de départ, et non par rapport à l’étiquette de tel ou tel journal ou personne. Par exemple, aujourd’hui le traitement de l’équipe de France par L’Équipe nous semble relativement équilibré, il n’y a pas grand chose à y redire, donc nous ne critiquons pas L’Équipe quand il n’y a pas de raisons de le faire. Dans le même ordre d’idées, souvent, on nous dit « vous parlez trop souvent de Jean-Michel Aulas », mais non : c’est lui qui dérape trop souvent… Pour dire ça en une formule : « Ce n’est pas nous qui commençons ». Nous réagissons à une infinité de déclarations de Jean-Michel Aulas qui sont hautement critiquables, à un traitement médiatique de Domenech, de l’arbitrage ou de je ne sais quoi qui nous semble très critiquable. Nous sommes même très loin de réagir à tout ce qui le mériterait.

Indépendamment du bien-fondé des critiques sur L’Équipe, pourquoi n’évoquez-vous pas plus d’autres médias que ce quotidien sportif ?
Le poids médiatique de tel ou tel média est important. On sait très bien que L’Équipe a un rôle, encore maintenant, de leader d’opinion et a une influence très forte sur la façon dont l’opinion se constitue, y compris auprès des autres médias. Même chose pour Canal+ ou pour TF1, dans une moindre mesure. Ils donnent le ton pour un peu tout le monde, il est donc assez logique d’avoir une attention particulière pour les médias les plus puissants. Ensuite, de manière beaucoup plus prosaïque, il faut bien reconnaître qu’on parle de ce que l’on connaît, et de ce qu’on lit. Nous avons un peu une relation d’amour-haine avec L’Équipe. Nous aimerions tellement que ce journal soit différent, que nous avons la dent un peu plus dure, parce qu’il y a de la déception amoureuse, tout simplement [3]. C’est la même chose pour Canal+ : nous allons avoir proportionnellement la dent plus dure alors que, par exemple, Direct 8 fait infiniment pire que Canal+… mais on en attend beaucoup moins.

Autre exemple, nos critiquons beaucoup moins France Football ces dernières années, tout simplement parce nous ne le lisons plus ! Leurs éditos sont devenus tellement insupportables qu’on ne le lit plus qu’occasionnellement… (rires) De la même manière, aucun de nous ne lit Onze. Il y a certainement des choses à dire sur Onze, bonnes ou mauvaises je n’en sais rien, mais on n’en parle pas parce qu’on ne le lit pas. Pour ce qui est des autres sites Internet, nous parcourons les sites officiels, où il y a déjà pas mal de matière — surtout pour l’Olympique lyonnais, évidemment, avec des communiqués qui sont devenus légendaires. Le web permet aussi de suivre la plupart des quotidiens régionaux qui couvrent les clubs. Après, il est vrai que nous ne ménageons certainement pas une représentativité suffisante de tous les médias spécialisés, y compris les médias indépendants sur le foot. Mais il y a une autre porte d’entrée, c’est notre rubrique George Guest, dans laquelle nous accueillons des textes que nous avons aimés, issus d’autres sites que nous pouvons ainsi exposer. Mais nous pourrions être plus défricheurs, cela fait partie des choses que nous regrettons de ne pas faire mieux. Cela vaudrait le coup de faire une veille des sites web intéressants sur le foot, pour les exposer un peu, les inviter dans cette rubrique.

« À la télévision comme à la radio, il y a une sorte de concurrence dans la médiocrité qui est assez consternante. »

Savez-vous identifier des espoirs quant à l’évolution de la presse écrite sur le foot ?
Non… La perception globale est très pessimiste en ce moment, mais ce n’est pas propre à la presse spécialisée, ce sont tous les médias traditionnels qui sont en crise, puisque même les grosses télévisions sont menacées, sachant qu’Internet ne propose pas de modèle économique satisfaisant non plus, à l’heure actuelle.

Mais ce n’est pas qu’une question financière, puisque le groupe Lafont Presse annonce avoir investi cinq millions d’euros (sic) pour Le quotidien du foot [4]
C’est ça le drame. Et c’est valable pour les télés aussi : ces dernières années, il y a eu un élargissement de l’offre assez important avec les chaînes de la TNT et du câble. Il y a beaucoup plus de canaux — c’est aussi un peu vrai pour Internet —, mais à l’arrivée, on voit qu’il y a une sorte de concurrence dans la médiocrité qui est assez consternante. Les émissions de foot copient le modèle calamiteux d’On refait le match, et le dupliquent en pire. Je parlais de Direct 8 tout à l’heure, c’est exactement ça. Pour les radios, c’est la même chose : des webradios sont en train de se monter, mais toutes les antennes copient RMC et donnent beaucoup dans le démago-populisme ambiant, et il n’y a pas de créneau — même à minuit !, peu importe à la limite — pour des émissions un peu décalées, où il y aurait un peu plus d’humour, de sens critique, de qualité…

Pour la presse, on retrouve un peu le même constat puisque L’Équipe et France Football sont quand même en crise, avec des ventes en baisse depuis deux ou trois ans [5]. Et ce n’est pas seulement une crise économique, c’est aussi une crise éditoriale. On attend une nouvelle formule de L’Équipe, tabloïd, avec de nouveaux formats depuis très, très longtemps. On a l’impression que ces journaux-là n’arrivent pas à se réinventer. On a vu avec Aujourd’hui Sport, Le 10 Sport et pire encore Le quotidien du foot qu’il y avait une sorte de nivellement par le bas. Dans Aujourd’hui Sport et Le 10 Sport, il y avait quelques idées intéressantes, mais on a l’impression que ce sont les gens du marketing qui créent les journaux aujourd’hui, et ils créent des produits. On n’invente pas un projet éditorial, on calibre un produit de presse pour telle cible et tel marché publicitaires. À l’arrivée, cela donne des médias pas très intéressants alors que, lorsqu’on est confrontés à la nécessité de survivre, je pense qu’il faut évoluer, prendre des risques. C’est un constat qu’on peut faire d’expérience : en ce moment, il y a une incapacité totale des responsables éditoriaux, tous médias confondus, à prendre le moindre risque. On nivelle par le bas, et c’est tout à fait fascinant comme processus, parce qu’il y a vraiment la place pour faire des choses un peu plus originales, singulières, mais il n’y a personne pour avoir le courage de s’orienter dans ces directions-là.

« Dans Le quotidien du foot, on a l’impression que le seul projet éditorial c’est de remplir les pages. »

C’est un peu paradoxal puisque ce sont des tentatives marketing qui vont cibler ce qui a priori intéresse les lecteurs, mais qui au final ne trouvent pas leur lectorat… Vous dites qu’il y a une place, est-ce un espoir ?
Quand nous avons créé le site des Cahiers du Foot en décembre 1997, nous nous disions «  il faut se dépêcher car il va très vite y en avoir dix, des sites comme nous », on était persuadé que ce créneau était tellement évident que tout le monde allait s’y mettre. Onze ans après, on en est assez loin. Il ne faut surtout pas omettre qu’il y a beaucoup plus de diversité sur le web, et qu’il y a une variété de sites animés par des gens passionnés, qui ont un amour, une passion pour le foot bien plus tangibles que beaucoup des professionnels patentés, et il y a non seulement la passion mais aussi une connaissance parfois encyclopédique ou très fine, très intéressante en tout cas, du football. Par rapport à 1997 il y a donc une plus grande variété, mais elle reste un peu confinée dans des « ghettos », même si c’est peut-être un peu fort comme mot, comme sur le web. Ce que je regrette, c’est que toute cette créativité, cette émulation, cette effervescence ne remontent pas du tout dans les médias traditionnels, qui restent bloqués sur les mêmes modèles éditoriaux et économiques, alors que ces modèles-là sont manifestement en crise.

Situez-vous le blocage dans les directions des journaux ou au niveau des journalistes eux-mêmes ?
Le problème, c’est que les journalistes professionnels ont très peu de marge de manœuvre parce qu’ils sont extrêmement précarisés. Il y a une majorité de pigistes sous payés, et inversement les bons postes dans les bonnes crémeries sont assez rares, et tellement précieux qu’ils incitent à répondre à la demande, qu’on soit précarisé ou qu’on soit dans une position confortable. Comme en outre il y a une très faible capacité d’autocritique dans la corporation journalistique, tout cela contribue à un statu quo. Mais je pense que la décision se fait vraiment dans les directions des journaux, qui sont de plus en plus aux mains d’économistes, de gens de marketing, etc. qu’aux mains de journalistes qui ont une épaisseur, une culture journalistique plus pure. Le marketing a tellement envahi la presse et les médias en général qu’on fait aujourd’hui ce constat : on voit le projet marketing, mais on ne voit pas le projet éditorial.

Dans Le quotidien du foot, c’est poussé jusqu’à la caricature. Mon incompréhension est totale devant ce truc-là. Quand j’en ai tourné les pages , je me suis dit « mais comment on peut arriver à sortir quelque chose comme ça ? » On voit qu’ils ont réfléchi aux aspects économiques — effectivement, c’est très difficile de sortir un magazine, il faut assurer la distribution, l’impression, une diffusion nationale, il faut avoir les équipes de journalistes, c’est une logistique très lourde —, mais là, on a l’impression que le seul projet éditorial c’est de remplir les pages. Y compris en piratant le contenu de sites Internet… Le journal est en outre truffé de fautes et d’approximations, et c’est un quotidien qui ne rend pas compte des matches de la veille. C’est incompréhensible [6].

Les Cahiers et les journalistes

Très connus des journalistes sportifs, mais très rarement cités, les CDF témoignent de leur incursion dans le milieu de la presse footballistique.

« Un bon nombre de journalistes nous soutiennent. Beaucoup sont très frustrés de ce qu’ils font.  »

Avez-vous reçu des sollicitations de journalistes intéressés par votre projet, maintenant que vous avez un pied dans le milieu ?
Nous n’avons pas un pied dans le milieu. Un orteil, à la limite… (rires) Nous sommes très, très marginalisés. C’est en partie de notre propre fait, car nous avons fait des choix éditoriaux assez radicaux, le premier de tous étant que nous nous sommes accordés le droit de critiquer les autres médias, ce qui revient à briser un tabou fondamental dans la corporation. Nous devons assumer cette marginalité, qui est la conséquence logique de nos choix, de nos partis pris. Mais en même temps, nous sommes également ostracisés ou laissés en marge du sérail — parce que c’est vraiment un tout petit milieu, c’est vraiment un sérail. Nous n’y avons pas notre place, et doublement : on voit, quand on participe à des émissions, qu’il très difficile d’amener une valeur ajoutée ; et puis nous sommes invités au mois d’août, quand ils ne trouvent personne… ou alors, nous nous retrouvons en plateau avec des gens rémunérés pour leurs apparitions, contrairement à nous. Nous ne faisons pas partie des réseaux…

Nous recevons beaucoup de sollicitations d’étudiants en journalisme qui veulent faire des stages ou qui aimeraient écrire pour les Cahiers. La plupart ne se rendent pas compte que nous ne sommes pas professionnalisés au point de pouvoir payer des piges ou d’embaucher des gens. C’est assez significatif des jeunes apprentis journalistes qui ont encore une certaine candeur et qui auraient envie d’écrire dans les Cahiers du Foot.

Et du côté des journalistes installés, quelles furent les réactions ?
Quelques journalistes nous ont proposé des textes sous pseudonymes, qu’on a publiés, mais c’est resté très, très rare. Pour ce qui est des réactions, bon nombre de journalistes nous ont manifesté leur sympathie, en disant simplement qu’ils aiment bien ce qu’on fait, que nos critiques des médias sont justifiées et que c’est salutaire d’avoir un média un peu différent. Beaucoup de journalistes sont très frustrés de ce qu’ils font. Certains se conforment et adhèrent complètement au projet de leur employeur — il y a notamment une mentalité très corporate à L’Équipe, qui fait que les mecs le défendent jusqu’à la mauvaise foi la plus absolue, y compris quand les choses sont indéfendables. D’autres ne sont pas dupes du tout, sont très critiques et souvent désolés de certaines tendances ou de certaines évolutions éditoriales, mais ils ne peuvent pas le dire publiquement. Je ne suis même pas sûr qu’ils puissent le dire en interne.

« On est un peu blacklistés… En partie parce qu’on a un discours assez critique sur les médias, et que c’est une transgression. »

Avez-vous eu des discussions avec les journalistes dont vous parlez régulièrement, comme Vincent Duluc par exemple ?

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Jérôme Latta

C’est très rare. J’ai eu une longue discussion la semaine dernière avec Raphaël Raymond, le spécialiste arbitrage à L’Équipe. Nous sommes tellement ulcérés par la couverture des questions d’arbitrage, pas seulement de L’Équipe mais de l’ensemble des médias sportifs, que finalement je voulais lui demander pourquoi ça se passe comme ça, avoir une discussion un peu contradictoire, et c’était très intéressant. Mais c’est très rare, notamment parce que nous-mêmes franchissons assez peu le pas, il faut le reconnaître — nous ne sommes pas très sociables. Et quelque part, c’est un choix, un parti pris parce que cela permet de garder son indépendance critique : dès que l’on se met à rencontrer les gens, sans forcément copiner, on va avoir très vite tendance à être plus indulgent. Mais il y a surtout le fait que, non, la plupart ne cherche absolument pas le dialogue. Il y a un paradoxe très frappant, c’est que nous savons avec certitude que nous sommes extrêmement lus dans les médias sportifs — vraiment, nous avons un cœur de lectorat dans la profession très, très significatif —, et en même temps nous sommes un peu blacklistés ou blackoutés, parce que ces mêmes médias vont très rarement parler de nous, et vont nous inviter assez rarement.

Faites-vous l’objet de reprises dans la presse ?
C’est assez rare. Il y en a qui nous boycottent franchement, nous le savons. Au cours des dernières années, il y a quand même eu quelques occasions de parler de nous. Par exemple, il est arrivé que le Parisien donne le nom du Ballon de plomb sans citer les Cahiers du Football, c’est quand même un choix assez clair. Et encore faut-il faire quelque chose comme le Ballon de plomb pour être un tout petit peu cités. De la même façon, on peut s’étonner que dans les médias non spécialisés, nous ne soyons pas plus souvent invités à avoir un point de vue « d’experts » ou de spécialistes sur des questions à propos desquelles on constate un vrai manque de diversité de points de vue, comme l’arbitrage ou les problèmes d’évolution économique du foot. Nous ne sommes pas dans les carnets d’adresses.

Vous l’expliquez comment ?
Il y a une part qui est de notre fait, nous sommes très mauvais en relations publiques et en réseautage — moitié par choix, moitié par manque des qualités nécessaires —, et il y a le fait que nous avons un discours assez critique sur les médias, et que cela constitue une transgression. Pas mal de gens ont un peu de ressentiment ou ne nous apprécient pas énormément. Donc, en toute logique, ce n’est pas à nous qu’ils vont penser pour composer le tour de table d’une émission. Mais en même temps, il n’y a pas la place pour des gens comme nous — et il n’y a pas que les Cahiers du Foot d’ailleurs, il y a d’autres supports ou journalistes qui pourraient être concernés —, il n’y a pas la place pour un traitement plus décalé, pour des prises de risque éditoriales qui permettraient de ménager une plus grande diversité des points de vue dans le paysage médiatique footballistique.

« Sortir un journal en kiosques, du jour au lendemain, cela nous a valu une visibilité. »

Comment avez-vous été accueillis à votre sortie en kiosques ?
Cela a été assez paradoxal… Ce qui est sûr, et nous ne nous y attendions pas ou en tout cas, pas à ce point, c’est que la création du journal nous a donné une sorte de légitimité que nous n’avions pas avant, une visibilité. Tout à coup, les Cahiers se sont mis à exister aux yeux de pas mal de médias… On sait que la presse traditionnelle est en crise, on sait que l’avenir est quand même beaucoup plus sur Internet pour le journalisme, mais on est encore dans un schéma qui accorde beaucoup plus facilement une reconnaissance et une légitimité quand on se met dans les traces de la presse traditionnelle. Donc oui, sortir un journal en kiosques, du jour au lendemain, cela nous a valu une visibilité, une forme de reconnaissance très nette. Pour autant, si cela a certainement obligé les gens à tenir un peu plus compte de nous, cela ne nous a pas spécialement ouvert les portes.

Avez-vous eu des difficultés pour réaliser des interviews ?
Nous réalisons peu d’interviews… Nous devrions en faire plus, mais c’est très difficile de faire une interview à forte valeur ajoutée : il faut être un bon intervieweur, ce que nous ne sommes pas forcément, il faut beaucoup de préparation et il faut le bon client en face… En revanche, dans la presse traditionnelle, les interviews de joueurs en salle de presse représentent une matière première complètement indispensable, ce qui explique d’ailleurs le fait qu’ils peuvent difficilement se brouiller avec les clubs ou avec les joueurs, car le robinet risquerait de se fermer. Nous n’avons pas ce souci-là. Globalement, quand nous faisons des demandes, nous n’avons pas de difficultés. Par exemple, nous avons publié un numéro spécial OL, un club dont on aligne quand même pas mal les dirigeants. Je ne sais pas comment ils réagiraient aujourd’hui, mais à l’époque ils avaient été très accueillants, il n’y avait pas eu de problème. Idem à Saint-Étienne, à Marseille aussi nous avons été très bien accueillis… Bon, peut-être un peu accueillis comme les rigolos de service (rires) ou des gens qu’il vaut mieux se mettre dans la poche, je n’en sais rien, mais en termes de communication c’est plutôt habile de nous accueillir gentiment.

Et en ce qui concerne l’accès au stade ?
La plupart d’entre nous n’ayant pas de carte de presse, pour être accrédité, il faut passer par le représentant local de l’UJSF qui, avec plus ou moins de bonne volonté, accepte de nous mettre sur la liste malgré l’absence de carte de presse. Mais là aussi, nous le faisons assez peu. Je préfère tout simplement aller en tribunes avec mon père ou avec mes copains que de me retrouver en tribune de presse. Quand nous y sommes allés, c’était plus pour faire de l’ethnologie, de l’observation sur place… (rires) Cela étant, il faut bien reconnaître qu’on y est quand même très bien placés, on voit très bien les matches ! Mais encore une fois, nous faisons assez peu de demandes d’accréditation. Ce que l’on peut dire, c’est que nous avons moins de mal à être accrédités à Barcelone ou à Rome qu’en France… Le représentant de l’UJSF doit être conciliant, et puis c’est pénible de demander. Comme je te disais, nous ne sommes pas très sociables. Alors aller demander un passe-droit… Nous préférons nous payer la place, et basta.

Interview exclusive de Jérôme Latta sur PSGMAG.NET :

- Première partie : les Cahiers passés au crible — le journal, le site et le forum —, et leur sentiment sur la presse sportive en général.
- Deuxième partie : la critique des médias, les journalistes.
- Troisième partie : la médiatisation du PSG et de ses idées reçues.
- Quatrième partie : le Ballon de Plomb de Bernard Mendy.

Notes

[1] Malgré la maladresse de cette question — qui oublie par ailleurs les médias audiovisuels —, il ne s’agit pas d’un reproche. Lire notre rubrique Reprises de volée pour s’en convaincre…

[2] 319 795 exemplaires vendus en moyenne en 2008.

[3] Voir le numéro 19 daté d’octobre 2005, intitulé « Faut-il encore lire L’Équipe ? ».

[4] Source : AFP.

[5] Sur le premier semestre 2009, les ventes de L’Équipe sont en baisse de 20 % par rapport à 2006, et passent sous la barre des 300 000 exemplaires vendus par jour — contre 360 000 il y a trois ans.

Sur la même période, les ventes de France Football sont en baisse de quasiment 25 %, à 230 000 exemplaires par semaine contre plus de 300 000 il y a trois ans.

Sources : OJD.

[6] Lire l’article de Jérôme Latta consacré au Quotidien du foot sur le site des Cahiers du Football.

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