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Les matches au Parc des Princes, la CFA et les féminines

[Exclu] Le regard d’un photographe sur le PSG

Éric Baledent, photographe indépendant, répond à nos questions

vendredi 5 février 2010, par Vivien B.

[Exclu] Le regard d'un photographe sur le PSG

Après les Cahiers du Football et Maxifoot.fr, nous poursuivons notre série d’interviews de journalistes ou de dirigeants de médias pour mieux comprendre qui sont les acteurs de la presse sportive. Cette semaine, nous nous sommes penchés sur le cas d’Éric Baledent, photographe indépendant, que nous avions déjà rencontré l’année dernière à l’occasion d’un match du Stade Français Paris à Jean-Bouin. Il nous décrit sa manière de travailler, son cliché le plus célèbre — la main de Thierry Henry, en double page dans L’Équipe magazine — et les coulisses de la photographie de presse sportive. Nous l’avons également interrogé sur ses photos du PSG — L1, CFA et féminines —, que vous pouvez également retrouver sur PSGMAG.NET.

Interview réalisée lundi 1er février 2010.

Publication en deux parties :
- Première partie : dans les coulisses
- Deuxième partie : le PSG

Les matches du PSG au Parc des Princes

Quelle est votre marge de manœuvre durant un match de football ?
Nous n’avons pas de place attitrée. Pendant un match, il n’y a qu’un seul endroit — mais qui est très large — où nous ne pouvons pas aller, c’est la zone technique, où sont placés les deux bancs de touche. En cours de match, nous pouvons nous asseoir à un endroit. Il faut éviter de bouger, mais si on s’aperçoit que notre emplacement n’est pas intéressant — parce qu’on s’est mis trop près derrière les buts ou qu’il y a du monde devant par exemple —, on peut le faire. Il faut juste ne pas se déplacer toutes les 30 secondes…

Pourtant, très peu de photographes changent de côté durant le match, non ?
Simplement parce que le matériel est lourd et encombrant. Nous attendons le tirage au sort, nous regardons de quel côté les équipes se placent et nous nous positionnons de telle manière que nous ayons l’équipe qui nous intéresse en attaque. Et il y a une autre considération : nous devons envoyer les photos entre la première et la deuxième périodes, donc nous essayons de nous placer de telle sorte que nous puissions facilement retourner au labo photos pour traiter les photos et en envoyer une dizaine à la rédaction durant la mi-temps.

Quelles sont les photos que vous sélectionnez dans un délai si réduit ?
S’il y a un but et que nous avons la chance d’être du bon côté, nous essayons au moins d’avoir le buteur, la scène de joie, les deux bancs de touche — la déception d’un côté et la joie de l’autre —, et deux-trois actions de jeu bien construites, c’est-à-dire avec un joueur de chaque équipe proches l’un de l’autre et le ballon très près — à dix centimètres maximum. Il faut également que les visages des deux joueurs soient bien visibles, car c’est beaucoup moins intéressant pour la presse s’ils sont de dos.

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Contre Aubervilliers, début janvier, quelques photographes traitaient leurs photos durant le match, assis dans la neige au bord de la pelouse… De qui s’agit-il ?
Ce sont généralement les grosses agences, que l’on appelle le « big five » : AP, AFP, Reuters, Presse-Sports et DPPI/PanoramiC. Ils ont effectivement besoin d’envoyer directement les photos, en cours de match. Mais les autres — la presse quotidienne régionale et les freelance comme moi — attendent généralement la mi-temps et la fin du match pour envoyer leurs photos.

Comment jugez-vous les conditions de travail des photographes au Parc des Princes ?
En moyenne, nous sommes une dizaine de photographes par match. Ce sont donc des conditions correctes. Pour certaines rencontres plus médiatiques — comme Bordeaux ou Marseille —, cela peut monter jusqu’à 20 ou 30, entre les agences françaises, la presse régionale du club visiteur, nous les freelance, et quelques pays étrangers. Mais on peut aisément monter jusqu’à 50 ou 60 photographes autour du terrain, ce n’est pas problématique. En revanche, le labo photos est un peu exigu. Certains soirs, nous sommes obligés de travailler sur des tables rondes.

Vous réalisez beaucoup de photos de duels ou de portraits, mais peu de vues d’ensemble. Pourquoi ?
J’ai eu deux périodes dans ce choix de reportages : avant, et après le Parisien. Cela illustre à mes yeux les différences entre un amateur et un professionnel : un amateur ne sait pas choisir, il met à peu près n’importe quoi. Un pro doit aller à l’essentiel. Je me suis aperçu qu’auparavant je mettais des photos de plans larges, de plans rapprochés… Je mettais de tout, ce qui indiquait en fait que je n’avais pas de ligne de conduite et de rigueur professionnelle. J’ai évolué grâce à mon travail au Parisien. Par ailleurs, cela correspond également à ma sensibilité. J’adore les portraits, donc c’est vrai qu’il y en a beaucoup sur mon site personnel, car c’est ma marque de fabrique. On me dit parfois : « Tu fais de beaux portraits, il y a de belles expressions, aussi bien dans les yeux que dans le visage ». Et mon site Internet est une vitrine pour prouver mon savoir-faire aux agences susceptibles de me recruter. Les légendes, par exemple, sont celles que les agences et les journaux attendent.

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Contrairement à vos clichés pour le Stade Français, vous photographiez peu le public lors des matches au Parc des Princes…
J’en fais très rarement, pour une simple et bonne raison : il faut demander une autorisation écrite de droit à l’image à chaque personne identifiable sur les photos… La seule possibilité, c’est de faire des plans larges, pour qu’une personne qui puisse éventuellement être identifiée le soit de manière anonyme, c’est-à-dire dans un groupe de 200 ou 300 personnes. Dans ce cas-là, on peut dire qu’on a pris le groupe et pas la personne. À Jean-Bouin c’est un peu différent, car je connais bien les groupes de supporters, notamment les Titis de l’ovalie, et j’ai une autorisation de leur part.

Pourquoi ne montrez-vous pas plus les coulisses du stade ?
Il s’agit d’un problème d’accès. Sauf exceptions, seul le photographe du club a le droit de pénétrer dans les vestiaires. Pour les photos de l’intérieur du Parc des Princes — les couloirs par exemple —, il faut demander une accréditation spéciale. Enfin pour la salle de presse, c’est rigoureusement interdit : les seuls médias habilités à y prendre des images sont les télévisions.

Vous êtes supporter du PSG depuis 24 ans, et titulaire de la carte de presse depuis moins d’un an. Qu’avez-vous ressenti en revenant au stade en tant que photographe ?
Effectivement, je suis un supporter acharné du PSG. Mon premier match au Parc des Princes fut un PSG-Bordeaux en 1985 ! La première fois que je suis rentré au Parc des Princes avec la chasuble sur le dos, je n’y croyais pas. Je me disais : « Purée, je suis sur le terrain ! » En tant que supporter, cela me fait toujours un pincement au cœur quand j’accède aux sous-sols et que j’arrive sur le terrain, même quand il n’y a encore que cinq ou si personnes dans les tribunes.

Parvenez-vous à rester concentré sur votre travail durant les matches du PSG ?
Pour le PSG comme pour le Stade Français, c’est vrai que j’ai parfois encore ce réflexe de supporter. À certains moments, je loupe des photos car en mon for intérieur j’ai envie de les pousser, de rentrer carrément sur la pelouse, cela me démange. (sourires) Mais dans les autres sports ou pour l’équipe de France, j’ai réussi à faire abstraction de tout cela. Au Parc et à Jean-Bouin, je commence heureusement à avoir ce recul nécessaire.

La CFA et les féminines du PSG

Vous suivez également l’équipe réserve en CFA. Combien de photographes êtes-vous à le faire ?
Cela dépend des matches. Il y a parfois un peu de presse locale : quand le PSG — comme toutes les réserves professionnelles — affronte une équipe première, que ce soit à domicile ou à l’extérieur, c’est un petit événement.

Abdelaziz Barrada (photo Éric Baledent)

Comment êtes-vous accueilli par le club et les joueurs ?
Avec la CFA du PSG, j’ai de bons contacts. Il n’y a évidemment pas de syndics presse, mais nous sommes bien accueillis. Avec l’encadrement de l’équipe, ça se passe également toujours très bien. Un peu moins avec les joueurs… J’ai l’impression qu’il suffit qu’ils portent la tunique du PSG pour qu’ils se pensent arrivés, persuadés que les autres joueurs vont les craindre… Je le vois dans leur attitude, dans leur comportement, c’est flagrant. Mais c’est l’évolution générale du football masculin.

Sentez-vous une réelle différence avec les autres réserves professionnelles ?
(Il réfléchit.) Oui, une grosse différence, et cela me déçoit beaucoup. Par exemple, cette saison, j’ai trouvé les réservistes du Mans beaucoup plus abordables. Cela dit, étant supporter du PSG, peut-être que je vois les joueurs parisiens différemment, et que je mets moi-même une barrière entre nous parce que je les crois plus forts qu’ils ne le sont… C’est vrai que je n’ai pas osé aborder les jeunes du PSG, cela vient donc peut-être également de moi.

Faites-vous le même constat avec l’équipe féminine du PSG ?
Non, avec les filles, c’est très différent. Elles ont tellement peu l’habitude de voir des photographes et des journalistes que cela les surprend. J’ai eu de très bons contacts avec Camille Abily, Sonia Bompastor et Élise Bussaglia par exemple, elles étaient très joyeuses. Mais je suis plus par nature porté sur le sport féminin, j’ai toujours des atomes crochus avec les filles.

La facilité à approcher les joueuses n’est-elle pas moindre avec Bombastor ou Abily, qui viennent du championnat américain ?
Au contraire ! Elles sont moins réservées, c’est plus facile de travailler avec elles. Les trois joueuses que j’ai citées sont très, très cool, on peut très bien travailler avec elles.

Combien de photographes êtes-vous habituellement ?
Excepté le photographe de certains clubs, je suis tout seul ! Je peux donc faire exactement ce que je veux, tourner tout autour du terrain…

Que pensez-vous des efforts du PSG pour développer son équipe féminine ?
C’est très intéressant. Un titre de champion permettrait également de stopper l’hégémonie de Lyon. Je ne le souhaite pas simplement parce que c’est Lyon (sourires), mais parce qu’il faut un renouvellement des vainqueurs, sinon cela risque de nuire à l’intérêt de la compétition. Même d’un point de vue sponsoring, la domination d’un seul club peut constituer un frein à l’arrivée de nouveaux partenaires. Si les filles du PSG gagnent, cela va apporter beaucoup de choses positives au sport féminin. J’espère d’ailleurs proposer bientôt à une agence de presse la création d’un magazine sur le sport féminin.

Quel serait le le concept de ce magazine ?
Il s’agit de promouvoir le sport féminin, car j’estime qu’il n’est pas assez mis en avant. Je retrouve aujourd’hui dans le sport féminin les mêmes sensations que je trouvais dans le sport masculin durant les années 1980-1990, c’est-à-dire de l’engagement physique bien entendu, mais aussi de la technicité. Or dans le sport masculin actuel, je trouve qu’on fait trop la part belle au physique, et plus du tout à la technique. On ne voit plus de Giresse, de Tigana, de petits gabarits — il y a Giuly, mais il est de l’ancienne génération — qui faisaient la beauté du football français. Et c’est la même chose dans les autres sports : on ne voit plus de Christophe Dominici, de Pierre Mignoni…

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Le PSG se montre très ambitieux pour les féminines cette saison. Avez-vous senti un impact autour des terrains ?
Cela commence à frémir. Grâce aux chocs entre Paris, Lyon et Montpellier, on commence à en entendre parler. Mais la télévision n’est pas présente, et la presse écrite ne fait pas grand-chose. Les supporters ? Ils ne sont pas nombreux, mais ils sont incollables ! Ils connaissent toutes les joueuses de A à Z, et même les joueuses adverses. Ce sont des passionnés, qui ne viennent pas là uniquement pour le physique des filles. C’est ce qui me réjouit, et j’espère que cela restera un public de passionnés. Chez les hommes, on tend de plus en plus vers une sélection par l’argent : je crains que, dans les années à venir, il ne reste des mecs en costume-cravate qui se désintéressent complètement du football.

Projets

Vous avez entamé une reconversion professionnelle il y a trois ans. Pensez-vous que le chemin est encore long pour y arriver ?
Oui, surtout à l’époque actuelle, avec les problèmes économiques que l’on connaît. Tout le monde est très frileux, peine à s’engager. Mais j’espère que ma reconversion professionnelle va aboutir dans les trois années qui viennent. D’ici là, je saurai si je peux continuer dans cette voie, auquel cas j’arrêterai mon travail actuel. Nous verrons comment cela va évoluer, je ne sais pas si je réussirai grâce à d’autres photos comme la main de Thierry Henry — après tout certains ont attendu vingt ans pour faire une photo comme cela, moi seulement trois ans, donc je peux m’estimer heureux —, ou grâce à l’entreprise que je suis en train de créer…

Où en êtes-vous dans ce projet ?
Avant de rentrer en contact avec ces deux agences, j’avais l’intention de créer une agence de presse. Cela ne s’était pas fait car je voulais m’associer avec des personnes qui se sont avérées ne pas avoir la carrure nécessaire. Avec la crise économique, elles ont eu peur et ont préféré arrêter, ce qui m’avais obligé à suspendre mes démarches. Depuis, j’ai retrouvé trois autres personnes : trois photographes de métier, expérimentés. Nous avons commencé à travailler sur les statuts et le business plan à partir de ceux que j’avais établis pour la précédente création, et nous pensons finaliser la création d’entreprise au cours du premier semestre 2010.

Si vous ne parvenez pas à en vivre, envisagez-vous d’arrêter la photographie ?
Non, je continuerai. Je perdrai la carte de presse, donc je pourrai moins facilement accéder à certains événements, mais je continuerai la photo. Et de toutes façons, dans le sport féminin, seuls certains événements comme les mondiaux d’athlétisme ou de handball me seront interdits. Donc je continuerai au moins dans le sport féminin, le domaine qui m’intéresse le plus.

Interview exclusive d’Éric Baledent sur PSGMAG.NET :

- Première partie : dans les coulisses
- Deuxième partie : les pros, la CFA et les féminines du PSG

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1 commentaire a déjà été posté par nos lecteurs

  • #1

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    Magic Gino
    5 février 2010 12:38

    Sympa et bon courage pour la suite de la carrière

    Magic Gino

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