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La petite histoire de la main de Thierry Henry

[Exclu] Interview d’Éric Baledent, pigiste au Parisien

L’organisation d’un photographe indépendant, les coulisses de son cliché le plus célèbre

jeudi 4 février 2010, par Vivien B.

[Exclu] Interview d'Éric Baledent, pigiste au Parisien

Après les Cahiers du Football et Maxifoot.fr, nous poursuivons notre série d’interviews de journalistes ou de dirigeants de médias pour mieux comprendre qui sont les acteurs de la presse sportive. Cette semaine, nous nous sommes penchés sur le cas d’Éric Baledent, photographe indépendant, que nous avions déjà rencontré l’année dernière à l’occasion d’un match du Stade Français Paris à Jean-Bouin. Il nous décrit sa manière de travailler, son cliché le plus célèbre — la main de Thierry Henry, en double page dans L’Équipe magazine — et les coulisses de la photographie de presse sportive. Nous l’avons également interrogé sur ses photos du PSG — L1, CFA et féminines —, que vous pouvez retrouver sur PSGMAG.NET depuis plusieurs mois.

Interview réalisée lundi 1er février 2010.

Publication en deux parties :
- Première partie : dans les coulisses
- Deuxième partie : les pros, la CFA et les féminines du PSG

Pigiste au Parisien

Depuis notre précédente rencontre, vous avez rejoint l’équipe du Parisien. Comment cette rencontre s’est-elle déroulée ?
La presse sportive, c’est un cercle fermé. On croise toujours les mêmes photographes. J’étais photographe officiel du Stade Français Paris, ce qui a permis au rédacteur en chef des pages sports de l’édition locale du Parisien dans les Yvelines, qui est aussi syndic presse à Jean-Bouin, de voir comment je travaillais, que j’étais quelqu’un de sérieux, que j’essayais de rendre en temps et en heure mes photos. Quand le photographe de l’édition des Yvelines est parti, le Parisien m’a demandé si je voulais bien faire un test. J’ai bien entendu accepté, car je suis un homme de challenges. Cette collaboration leur a convenu, et j’ai signé un contrat en avril 2009.

Quel est votre statut ?
Je suis pigiste. Le Parisien peut exploiter mes photos dans le cadre de ce qui a été convenu : je leur cède un droit d’utilisation, mais les droits de propriété sur la photo m’appartiennent toujours — d’une manière générale, le photographe est toujours propriétaire de ses photos. Le journal peut réutiliser mes photos autant de fois qu’il veut — tant que je suis en contrat avec lui —, et je suis rémunéré à chaque parution. Mais c’est partout pareil. C’est dans le droit français.

Le Parisien (photo Éric Baledent)

Comment votre agenda est-il organisé ?
Chaque vendredi, les rédactions du Parisien établissent le planning des événements du week-end en visioconférence, puis elles déterminent s’il s’agit d’événements nationaux qui seront couverts par Saint-Ouen — où est basé sur siège du journal —, ou départementaux qui seront à la charge des localiers. Moi, je m’occupe des Yvelines. Je peux ainsi couvrir un match de rugby à Trappes, l’équipe réserve du PSG à Saint-Germain-en-Laye et un tournoi de handball le même week-end.

Avez-vous des consignes particulières sur les clichés à réaliser ?
Si je suis seul sur un événement, c’est à moi de proposer des photos. Si je suis accompagné par un journaliste, nous essayons de nous voir à la mi-temps, afin d’obtenir la photo du sportif qui peut personnaliser le match. Lorsque l’on est photographe, paradoxalement, on ne voit pas du tout les matches ou les événements : on essaie tellement d’obtenir la meilleure photo, si possible belle et bien cadrée, qu’on ne suit pas du tout l’évolution du score. On ne voit pas que tel joueur fait des merveilles par exemple. C’est un peu plus facile en football, parce qu’il n’y que quelques buts par match. Mais du coup, c’est un peu embêtant si on n’a pas le buteur. (sourires)

Travail en freelance

En février dernier, vous commenciez à travailler avec deux agences. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
J’ai préféré stopper la collaboration avec ces deux agences, parce qu’elles n’étaient pas sérieuses. Je préfère ne pas en dire plus pour l’instant.

Comment vous organisez-vous désormais ?
La diffusion des photos, c’est le nerf de la guerre. Je passe par PixPalace, via une sorte de collectif de photographes qui s’appelle JerryCom. Tous les événements que je ne couvre pas pour le Parisien sont diffusés via JerryCom : les matches du PSG au Parc des Princes, les équipes de France de football et de rugby, le tournoi international de judo au POPB, l’Open GDF Suez de tennis féminin, etc. Ce sont mes propres photos, je suis libre d’en faire ce que je veux, et je les diffuse via ces deux sociétés. Je gère également mon planning tout seul.

Alors que vous êtes en concurrence, vous semblez plutôt proches des autres photographes…
Le secteur de la photographie de presse est très corporatiste. Nous sommes effectivement très soudés entre nous, et nous entretenons des relations amicales — plus ou moins fortes avec certains, comme partout, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. Mais chacun doit défendre son « bout de gras », car nous sommes concurrents dans la vente des photos. C’est à celui qui fera la meilleure photo, qui trouvera l’angle de vue offrant une vision différente. Par exemple, en basket-ball ou en handball, la plupart des photographes sont sur le parquet. Tout le monde fait les mêmes photos. Les freelance, comme moi, ne vendront rien dans ces conditions-là car les journaux s’adresseront en priorité à leur photographe. Donc c’est à nous, photographes indépendants, de trouver un autre cadre de vue afin de nous différencier. Généralement, j’essaie de dénicher une place de libre où il n’y a pas de photographe. C’est vrai que je n’ai pas la photo du shoot ou du dunk, mais j’en ai d’autres qui peuvent intéresser la presse justement parce qu’elles sont différentes.

L’année dernière, vous nous parliez de plaintes de l’UJSF envers les photographes de clubs. Comment la situation a-t-elle évolué ?
Ce problème s’est réglé. Certains photographes de clubs, qui n’étaient pas photographes professionnels et ne possédaient pas la carte de journaliste, vendaient leurs photos. C’était une concurrence déloyale vis-à-vis des journalistes qui, eux, vivent de leur travail. Finalement, les clubs l’ont bien compris — l’UJSF a bien su l’expliquer —, et la seule chose que font les photographes de club désormais, c’est de mettre leurs photos sur Internet — sur leur site personnel ou sur celui du club —, mais sans les vendre.

À propos de l’UJSF, je souhaite ajouter une chose. Certains la critiquent, notamment parce qu’il est nécessaire de posséder une carte de presse pour accéder aux deux premières divisions des principaux sports — football, rugby, handball et basket-ball. Oui c’est un frein, j’en conviens. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que justement, grâce à la détention de la carte de presse, on peut aller dans tous les stades. Il n’est pas possible de se voir refuser l’accès. Dans certains pays, c’est au bon vouloir de la personne qui se trouve à l’entrée, que l’on soit détenteur d’une carte ou pas. C’est… comment peut-on dire ? Du copinage. En France, non ! C’est un bon système.

La main de Thierry Henry

Le 19 décembre dernier, L’Équipe magazine a fait une double page basée sur votre photo de la main de Thierry Henry. Quelle est l’histoire de cette photo ?
Officiellement, j’ai voulu déclencher à ce moment-là, et je savais très bien que j’avais eu la main. Officieusement maintenant ? (rires) La plupart des photographes étaient derrière le but irlandais, du côté virage sud. Et ils étaient nombreux : il y avait en tout plus de 600 journalistes accrédités et 150 photographes ! Côté virage nord, quasiment tous les photographes — surtout des Irlandais — étaient sur la gauche des buts, à côté du labo photos. Nous étions vraiment tassés comme des sardines, donc au bout de 20 minutes j’ai décidé d’aller sur la droite des buts — toujours côté virage nord —, où il n’y avait quasiment personne. Le temps que je m’installe, je rate le but de l’Irlande… J’étais vert de rage, je pensais avoir peut-être raté le seul but du match. À la mi-temps, certains photographes changent de côté — pour continuer de suivre l’équipe qui les intéresse —, puis changent à nouveau lors de la première mi-temps de la prolongation. C’est à ce moment-là qu’il y a la main de Thierry Henry. La plupart des photographes qui étaient du bon côté, virage sud, ont cette main, mais soit Henry était de dos — la presse n’aime pas trop —, soit il était caché par d’autres joueurs, l’arbitre-assistant, etc. Quant aux photographes placés à côté de moi, c’étaient essentiellement des Irlandais, peu intéressés par ce qui se passait à l’autre bout du terrain.

Vous êtes-vous rendus compte immédiatement que vous déteniez un cliché précieux ?
Non, je ne savais même pas que j’avais cette photo ! C’est en dérushant trois jours plus tard — je n’avais pas eu le temps auparavant — que je m’en suis aperçu. Par rapport à celle de Stéphane Mantey, qui a fait la une de L’Équipe le lendemain, j’ai la chance que la main soit en plein dans le dos du stadier, très visible avec son blouson jaune. Et la presse aime bien que les détails ressortent aussi bien. D’autres ont également la main, mais elle est noyée dans la globalité, avec les spectateurs au fond.

Photo Éric Baledent

Comment avez-vous vendu cette photo ?
Six jours après le match, je n’ai pas bénéficié du buzz, mais j’ai quand même envoyé un mailing aux agences de presse en France, en Irlande, en Espagne — parce que Henry jouait en Espagne — et en Italie — dont la presse nous a bien massacrés. Tout cela a fait boule de neige, et c’est L’Équipe magazine qui a sauté le premier sur la photo. Elle est très riche, il y a beaucoup de matière autour, donc on peut la mettre à l’horizontal, à la verticale, avec du texte autour… C’est important pour la presse : il faut avoir de la place pour mettre du texte, comme on le voit avec cette double page. L’Équipe mag a donc signé une exclusivité mondiale sur cette photo jusqu’au 19 décembre, puis c’est l’agence PanoramiC qui a eu le contrat pour diffuser cette photo-là au niveau mondial. J’attends mon premier relevé début février, je croise les doigts…

Il s’agissait de votre premier gros coup. Avez-vous été conseillé par des confrères ?
Oui et non, car j’ai dû me décider très rapidement : le lundi matin qui a suivi la découverte, j’ai eu les premiers contacts, et je devais signer le contrat le mardi ou le mercredi. J’ai essayé de joindre ceux qui pouvaient m’aider, mais c’était très difficile de les contacter dans la journée, et finalement je me suis retrouvé tout seul. C’était mon premier contrat, donc je n’ai pas pu en tirer autant que je le voulais. Pour ce type de photos, et avec une exclusivité — interdiction de la vendre pendant trois semaines à qui que se soit —, on doit en obtenir pour environ 5 000 €. J’en ai eu pour beaucoup moins. Mais je me dis que paraître dans L’Équipe magazine, qui plus est dans le numéro de l’année que tout le monde s’arrache, c’est une super publicité. Il faut savoir peser le pour — je n’ai pas les moyens de m’offrir une publicité en double page dans L’Équipe mag — et le contre. Et cela permet d’accéder à une certaine notoriété dans le milieu…

Vraiment ?
Oui, on continue à m’en parler, et je sens que le regard de certains photographes et de certains journalistes — en presse écrite mais aussi en radio ou en télé — a changé : avant j’étais le petit nouveau, un empêcheur de tourner en rond qui allait prendre le boulot des autres. Grâce à cette parution, pour une partie de mes collègues en tout cas, cette vision-là a vraiment évolué.

Interview exclusive d’Éric Baledent sur PSGMAG.NET :

- Première partie : dans les coulisses
- Deuxième partie : les pros, la CFA et les féminines du PSG

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