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[Billet] Le retour du Grand

[Billet] PSG 3-1 Valenciennes : la gloire de Hoarau

mardi 3 mai 2011, par Arno P-E

[Billet] PSG 3-1 Valenciennes : la gloire de Hoarau

Le Paris Saint-Germain a réalisé la très bonne opération du week-end. En s’imposant face à une équipe mal classée, le PSG réussit une performance minimale… que ni Marseille, ni Lyon n’ont su égaler. Et voilà la course à la Ligue des champions relancée ! Pour bâtir cet importantissime non-exploit, les hommes de Kombouaré ont livré un bon match de championnat. Une prestation sérieuse, sans éclat particulier, dans une de ces rencontres dont on a parfois du mal à se souvenir mais qui à la fin de la compétition peuvent se révéler cruciales. Alors s’il fallait ressortir une seule action de cette partie, un geste à graver dans sa mémoire, ce ne serait pas forcément la fulgurance d’un génie.

Samedi, face à Valenciennes, le PSG a fait le métier. On reproche souvent aux joueurs d’être trop payés, de ne pas mouiller le maillot… Pour une fois, chacun a montré un visage calme, appliqué, un visage de professionnel. Ce genre de matches n’enflamme pas les esprits. Pourtant, il a été le théâtre de plusieurs actions de grande classe, et d’un geste à retenir.

La double lame brésilienne

Comment ne pas évoquer tout d’abord le but de Nenê ? La force du symbole a frappé les statisticiens qui se sont attachés à rappeler avec raison que le passeur brésilien n’avait plus marqué depuis décembre en championnat. Même les milieux de terrain à qui on demande en priorité de donner des ballons plutôt que de scorer ont besoin de se faire plaisir. Alors connaître la joie du buteur en L1 devait commencer à manquer à Nenê, bien qu’il jurait le contraire au coup de sifflet final. Là, le meneur du PSG a retrouvé le sourire, et avec une action d’une classe éblouissante.

Sur une remise valenciennoise, Nenê se retrouve face aux buts, à l’entrée de la surface. La défense est bien alignée, juste devant lui, et déjà ses adversaires montent pour lui boucher ses angles de passe. Chacun gère cette situation comme il le faut, en appliquant à la lettre le petit manuel de l’équipe venue défendre un nul au Parc des Princes. Sauf que voilà, les joueurs comme Nenê ne sont pas prévus dans le petit Correa illustré [1]. Et le Brésilien, plutôt que de tenter la passe, ou le dribble impossible, s’essaye à la reprise de volée.

Il faut toucher la balle qui vient de la droite, sur une trajectoire assez pentue, pour l’expédier à l’horizontale, vers la lucarne opposée. Une de ces tentatives idéales qui ne marchent que sur console. Et en éclair, Nenê le fait. D’un gabarit plutôt fin pour notre époque, Nenê équilibre son corps à la perfection. Son geste revêt une élégance qui donne l’illusion de la simplicité. À le revoir en vidéo, on ne peut s’empêcher de penser que oui, c’est ce qu’il fallait faire. Ça, ce geste-là, exactement. Tout y est parfait. C’est ce qu’il aurait fallu réussir… si on avait été un artiste. Et Nenê en est un. Fantasque, écorché, inconstant, génial ou transparent, mais un artiste. La balle file dans la lucarne, sans que quiconque ne puisse esquisser un mouvement.

Instant de flottement. Incrédulité. Il l’a fait… Paris compte dans ses rangs un joueur d’exception, qui vient de débloquer le compteur et lancer un match difficile dans la bonne direction. Ce que Lyon ne parviendra jamais à faire le lendemain, pour son malheur.

Ce geste de Nenê a d’autant plus de poids qu’il est consécutif à une formidable intervention de Cearà. Le latéral brésilien avait récupéré le ballon au courage, en mettant le pied là où peu s’y seraient risqué. Cette interception du défenseur compte parmi toutes ces actions qui se réalisent au courage, dans l’ombre. Cearà va au contact, il se sacrifie en sachant qu’il y aura choc, qu’il y aura douleur, mais il le fait parce que sans cela, pas de déséquilibre, pas de récupération haute. Et grâce à ce travail trop peu souvent mis en avant, il créé les conditions nécessaires à l’exploit de son coéquipier, quelques secondes plus tard. Cearà, première lame brésilienne, ne sera jamais acclamé comme peut l’être Nenê. Pourtant, sans lui, pas de ballon et donc pas d’éclair de génie possible. C’est pourquoi il fallait évoquer ici l’apport du latéral droit.

Le retour du Grand

Mais le plus beau symbole de la victoire parisienne est peut-être à chercher encore ailleurs. Dans une action qui, paradoxalement, n’a pas été décisive. De ce PSG-Valenciennes, on pourrait garder la frappe détournée de Guillaume Hoarau, en seconde mi-temps.

Servi par Nenê d’une magistrale diagonale, Hoarau contrôle le ballon de la poitrine avant de le reprendre du pied gauche. La balle, contrée par un défenseur, va échapper au cadre de Penneteau d’un rien.

Alors, pourquoi ce tir ? Pourquoi pas la maestria de Nenê, ou l’abnégation de Cearà ? Parce que Hoarau. Sa frappe du gauche lui ressemble tellement ! Hoarau n’est pas un Nenê, c’est vrai. Il ne dribble pas, ne dépose pas de ballons brossés dans la lucarne opposée. Quand on voit son action, il y a comme une sensation de ralenti, là où la reprise de Nenê ou le jaillissement de Cearà claquaient comme des éclairs. Le Réunionnais s’élève, et élimine un défenseur pris dans son dos. Le temps que la balle redescende, le buteur du PSG a poursuivi le même mouvement, et arme son tir. Le tout avec une fluidité hypnotique. Le second défenseur se jette, le gardien prend ses appuis, mais Hoarau poursuit le même enchaînement et fouette la balle de son mauvais pied. Comme dans un rêve. La frappe aurait pu être plus sèche, plus puissante… mais elle n’en prend pas moins la direction des filets. Détournée, elle donnera un corner mais il s’en sera fallu d’un souffle.

Non, Hoarau n’est pas un Nenê, de toutes façons ils n’évoluent pas au même poste. Leurs caractéristiques ne peuvent correspondre. Et si c’est un buteur, Hoarau ne sera jamais non plus un Pauleta. Question de personnalité. Face à Valenciennes, comme toujours, l’ancien Havrais s’est astreint à redescendre sur les corners adverses, sauvant à plusieurs reprises son équipe. Sur ces phases de jeu, le Portugais s’appliquait au contraire à garder sa position à la pointe de l’équipe, au cas où un contre se développerait. Pour lui. Sur tous les ballons hauts, Guillaume s’est imposé, remisant très intelligemment vers Bodmer ou un autre. Pauleta ne disputait jamais ces duels, il préférait miser sur une éventuelle faute du défenseur. Une fois sur cent, il en tirait parti. Hoarau participe au jeu, offre des solutions, revient défendre. Il donne pour son équipe.

Le principal défaut de Guillaume réside sans doute dans sa générosité. Ce garçon n’est pas dur, égoïste comme peuvent l’être certains champions d’exception. Au contraire, la fluidité de sa frappe, sa tranquillité au moment du contrôle, la souplesse dans l’enchaînement, ces qualités se retrouvent parfaitement dans l’image qu’incarne le Réunionnais. Cette coupable gentillesse que l’on devine chez lui, c’est peut-être aussi ce qui le rend si attachant.

Car si Hoarau ne sera jamais une machine à marquer comme Pauleta, ou un artiste comme Nenê, à la limite, tant mieux. Pauleta marquait plus souvent ? Hoarau fait davantage marquer les autres. Il ne vampirise pas les statistiques de son équipe. Regardez la saison de Hoarau, ce qu’il était il y a peu. Hoarau est humain. Il exprime des sentiments ordinaires : joie, peine, frustration, doute. On lit en lui comme dans un livre. Il ne cache pas. Ne travestit rien.

Alors cette frappe, c’est le retour du Grand. Son contrôle, il va le chercher grâce à ses qualités de timing, et sa densité dans les duels aériens. La douce justesse avec laquelle il poursuit son geste, c’est le résultat de la confiance reconstruite : avant même de retomber, il a déclenché ce tir. Pas de réflexion, plus de doute : c’est le choix naturel du buteur qui avait éclairé le Parc de sa simplicité il y a deux ans. Et la frappe, si difficile, ne pâtit que d’un déchet mineur.

D’autres que lui l’auraient peut-être réussie. Peut-être. Mais lui, il y a de cela un mois, cette frappe il ne l’aurait même pas tentée. Là, il saisit l’occasion, et réalise ce qu’il fallait quasi parfaitement.

Guillaume est peut-être un buteur trop bien élevé. Mais en voyant le verre à moitié plein, on pourra préférer dire qu’il est aussi un joueur plus complet. Cette générosité dans le jeu est toute à la gloire de Hoarau. Au moment le plus important de la saison, il semblerait que le PSG puisse de nouveau compter sur un buteur en pleine possession de ses moyens. Avec ses qualités et ses défauts. Un atout qui aura son rôle à jouer dans les semaines à venir. Pour le plus grand bien du Paris Saint-Germain.

P.-S.

Crédit illustration : cinemapassion.com

Notes

[1] Comment venir au Parc défendre à 11, édition revisitée avec DVD pour apprendre aux attaquants à se rouler au sol histoire de gagner du temps.

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