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Analyse du jeu du nouveau numéro 9 parisien

Guillaume Hoarau a-t-il le niveau ?

Quelle est la contribution de l’ancien meilleur buteur de L2 aux résultats du PSG ?

vendredi 3 octobre 2008, par Gauthier B.

Guillaume Hoarau a-t-il le niveau ?

Jeudi, contre Kayserispor, Hoarau est sorti sous les sifflets d’une partie du Parc des Princes. Certains médias et certains supporters lui reprochent son manque de réalisme, et le rendent responsable des maux offensifs parisiens. Tout ceci est particulièrement simpliste ; en poussant un peu plus loin l’analyse, il apparaît que son apport au Paris Saint-Germain est d’ores et déjà très précieux…

Si, depuis le début de saison, le système défensif parisien s’est avéré particulièrement fiable, il en est tout autrement du compartiment offensif : avec 4 buts en 7 journées de championnat, le Paris Saint-Germain est l’équipe la moins efficace de Ligue 1, ex-aequo avec Le Havre, Lorient et Saint-Étienne. Dès lors, les critiques commencent à pleuvoir sur l’homme qui joue à la pointe de la formation parisienne : Guillaume Hoarau.

Il est trop jeune, il n’a pas le niveau de la L1, il rate sans cesse des occasions immanquables… Il est vrai que le ratio buts marqués / occasions obtenues n’est pas à son avantage, mais il convient d’apporter des nuances : Hoarau n’est pas loin d’être déjà devenu indispensable au Paris SG.

Des ratés pas si ratés que ça

Tout d’abord, il faut revenir sur ses pseudo-ratés. Lors des quatre derniers matches de championnat, il a effectivement eu beaucoup d‘occasions, et une seule est arrivée au fond des filets. Mais Hoarau a surtout eu la malchance de tomber sur des gardiens particulièrement performants. Le gardien caennais Vincent Planté a effectué au moins trois arrêts significatifs face à l’ancien Havrais ; contre Nantes, Jérôme Alonzo en a effectué un ; enfin contre Grenoble, Wimbée a effectué deux très beaux arrêts. À chaque fois, Hoarau a cadré sa frappe, et le gardien a dû s’employer pour sauver les siens. En revanche, il y a eu deux ratés similaires — à Caen et à Saint-Étienne — où, suite à un centre fort à ras de terre, Hoarau a dévissé une frappe du gauche devant le but vide. Le raté est impressionnant, mais la situation n’a rien de complètement évident : dans les deux cas, le centre de Giuly ou de Ceara était particulièrement fort, plein de rebonds, et la trajectoire était difficile à maîtriser. Des buts « immanquables » de ce genre, même les plus grands en ont raté : en janvier 2005, lors d’un PSG-Toulouse, Pedro Miguel Pauleta a mis à côté exactement la même occasion.

De plus, il faut rappeler d’où vient Hoarau, comme le dit Jean-Marc Nobilo, son ancien entraineur au Havre : « il ne faut pas oublier qu’il y a trois ans, j’avais Hoarau en CFA. ». Cette année, Hoarau découvre la Ligue 1. S’adapter à ce niveau de jeu prend du temps. Beaucoup se sont cassés les dents sur ce palier. Un exemple proche de nous est celui de Didier Digard. Arrivé du Havre avec le statut de très bon espoir, il s’est avéré qu’il n’a jamais pu répondre au défi physique de la Ligue 1 : quand il n’avait pas de problèmes physiques, il arrivait au mieux à tenir une mi-temps [1]. Aujourd’hui, Hoarau est loin de contraster par rapport aux autres joueurs de Ligue 1, affichant même un très bon niveau physique, capable de fournir de nombreux efforts du début à la fin d’un match.

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Guillaume Hoarau au Camp des Loges

Puisque nous évoquions Pauleta précédemment, profitons-en pour rappeler que Hoarau a la lourde tâche de lui succéder. Le PSG a été habitué à un buteur extrêmement réaliste, capable de faire des appels particulièrement intelligents, et très précieux dans le jeu défensif. Sur les deux derniers points, Hoarau n’est déjà pas loin d’être au niveau de son illustre prédécesseur. Hoarau a en effet le mérite de se procurer des occasions, et ce n’est clairement pas le cas des autres attaquants parisiens. Mateja Kezman a la réputation d’être un renard des surfaces, mais pour l’instant, nous n’avons pas eu l’occasion de le vérifier, puisqu’il n’est que très rarement en position favorable : ses deux buts sont intervenus sur phases arrêtées. Hoarau joue intelligemment, et fait toujours de très bons appels, il sait également toujours s’amener le cuir vers le but, et perd très peu la balle. De fait, il bonifie le jeu parisien, puisque les milieux de terrains n’ont pas à réfléchir très longtemps avant de se projeter vers l’avant : Hoarau est très souvent bien placé, et lui donner la balle devient une évidence. Ce n’est pas un attaquant de pointe difficile à trouver. Prenons pour preuve le match à Saint-Étienne, où malgré la présence de cinq joueurs très offensifs en fin de match, le seul à obtenir des occasions était encore Guillaume Hoarau.

Hoarau, un coéquipier modèle

Concernant le jeu défensif, son apport est aussi inestimable. Paul Le Guen l’a bien fait remarquer après Caen 0-1 PSG : « Je suis admiratif de son travail défensif. Il nous a donné un coup de main précieux sur les coups de pied arrêtés. C’est un joueur précieux dans les deux surfaces. Et entre aussi. » Hoarau participe énormément au jeu défensif, et contrairement à ce que son physique de grand nonchalant laisserait penser, il n’hésite pas à presser, à redescendre chercher ; sur les corners adverses, il n’est pas rare de le voir sauver les siens. De par son jeu, Hoarau soulage tout le secteur défensif, et il n’est certainement pas étranger à l’imperméabilité de la défense parisienne, ainsi qu’à sa sérénité retrouvée sur coups de pieds arrêtés : alors que Paris encaissait beaucoup de but sur ces phases-là l’an dernier, il n’y en a eu aucun jusqu’à maintenant — mis à part le penalty d’Erding.

À ces qualités-là, il faut encore ajouter son rôle de pivot offensif qu’il remplit à merveille : alors que, ces dernières années, les longs ballons envoyés par le gardien parisien ou les défenseurs semblaient perdus d’avance — ni Pauleta, ni Diané n’avaient des grosses aptitudes dans le jeu aérien —, une longue balle destinée au numéro 9 parisien a désormais de grandes chances d’être déviée à bon escient, voire d’être tout simplement contrôlée par Hoarau, qui fait preuve par là-même d’un très bon niveau technique. De plus, ses qualités de remiseur permettent à des joueurs comme Giuly ou Sessegnon de prendre la balle dans le sens du but, eux qui adorent ce genre de situation. Hoarau permet également à ses partenaires de briller.

Et ses partenaires le lui rendent bien : il n’est pas rare de lire des éloges venant de ses coéquipiers, comme Mickaël Landreau après Caen-PSG : « C’est notre attaquant qui marque. Certes il a eu d’autres occasions, mais l’essentiel est de se les créer. Il apprend encore, et on va être avec lui parce qu’il nous fait énormément de bien dans le jeu, à la fois défensivement et offensivement. » Paul Le Guen, qui est pourtant très réservé habituellement, prend même publiquement la défense de son protégé. Ainsi, après Saint-Étienne 1-0 PSG et les occasions manquées d’Hoarau, il expliquait : « J’ai envie de le défendre, car je suis content de ce qu’il fait. »

Enfin, et ce n’est pas le moins important, évoquons le bilan comptable. Difficile de dire mieux que Jean-Marc Nobilo : « Si on regarde très bêtement les chiffres, il a rapporté neufs points en inscrivant deux buts [Bordeaux et Caen], et en plus il a provoqué le penalty contre Nantes [transformé par Mateja Kezman]. Je le redis, ça fait neuf points. Combien le PSG en a-t-il pris ? Dix. » Les chiffres sont là, le Paris Saint-Germain lui doit en grande partie ses trois seules victoires en championnat.

Au final, s’il est évident que Guillaume Hoarau a encore une grosse marge de progression, et qu’il doit se perfectionner dans la finition, la liste de ses points forts et de ce qu’il apporte à la formation parisienne est suffisamment grande pour faire preuve de mansuétude à son égard. Pour un joueur qui vient tout juste de Ligue 2 et qui n’a au final que deux saisons professionnelles dans les jambes, ce que fait Guillaume Hoarau est remarquable. Il avait eu besoin d’une saison pour s’adapter à la L2, avant d’inscrire la bagatelle de 28 buts en championnat l’an passé. Rappelons encore que les différents techniciens qui l’ont fait travailler estiment qu’il a de quoi devenir un très grand joueur ; qui sait si l’avenir ne dira pas finalement que le successeur de Pauleta a été trouvé plus vite que prévu…

P.-S.

La photo de Guillaume Hoarau est l’oeuvre de Malory Grancher ; elle est disponible dans la galerie photos du site Infohac.com.

Notes

[1] Il faut d’ailleurs lui souhaiter bonne chance en Premier League…

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