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Rappel des polémiques du match aller

PSG-Lyon : Jean-Michel Aulas, l’arbitre et le puceau

Retour sur le match aller et ses polémiques (le but, la visite d’Aulas à l’arbitre)

dimanche 31 janvier 2010, par Vivien B.

PSG-Lyon : Jean-Michel Aulas, l'arbitre et le puceau

Lors du match aller, le PSG et Lyon se sont quittés sur un score de parité (1-1), au terme d’un excellent match des Parisiens. Outre l’égalisation de Gomis dans les dernières minutes sur un but qui n’aurait pas dû être validé, la rencontre fut également marquée par le comportement de Jean-Michel Aulas à la mi-temps, puis ses déclarations dans la presse. Retour sur ces petites histoires ayant émaillé le PSG-Lyon de septembre 2009.

Dimanche 20 septembre 2009, le PSG — cinquième — accueillait Lyon lors de la sixième journée, après trois victoires, un match nul et une défaite.

Un match parfait, l’un des meilleurs depuis dix ans !

À l’époque du match aller, la saison commençait à peine. Le championnat avait repris depuis moins de deux mois, les journalistes n’étaient pas encore agacés par ce PSG sans âme — d’autant qu’Antoine Kombouaré venait juste de remplacer l’ex-responsable de tous les maux, Paul Le Guen. L’époque n’était pas encore à la crise de janvier et son cortège d’arguments fallacieux, comme le Parisien après PSG - Monaco il y a dix jours :

Depuis quand le club de la capitale est-il jugé sur son fond de jeu et non plus ses résultats ?

Non, à l’époque, dans le même journal, le discours était tout autre :

Après un match parfait, Paris sort frustré

Le PSG a livré un match de niveau européen. Mais sa superbe prestation a été anéantie par une grossière erreur d’arbitrage. Paris a dominé Lyon aussi bien dans le jeu qu’en termes d’agressivité et d’engagement. […] Les Parisiens ont été impressionnants. […]

C’était un grand match ! Sans doute l’un des plus accomplis du PSG depuis une décennie. […] Un point heureux pour l’OL, injuste pour le PSG compte tenu de l’indiscutable position de hors-jeu de Gomis sur l’égalisation. […] Avant cette fameuse 85e minute, les Parisiens avaient tutoyé la perfection grâce à un mélange de talent, d’expérience et d’envie qui font les grandes équipes. Ce sommet de la 6e journée a tenu ses promesses. Il offre une double lecture pour Paris. D’abord, c’est désormais une certitude, l’équipe de Kombouaré peut largement faire jeu égal avec les meilleurs. Malheureusement, cela ne se voit pas au classement.

L’égalisation lyonnaise dans la presse

Un fait de jeu aura particulièrement retenu l’attention : l’égalisation lyonnaise en fin de match. Plus que la position de hors-jeu de Gomis — indiscutable mais très difficile à juger —, ce sont les deux fautes lyonnaises, sur la même action, que nous pointions du doigt après le match. Ni les joueurs ni le staff du PSG n’exploiteront cette action pour accabler les arbitres ou dénoncer un quelconque « acharnement anti-Paris », comme d’autres le font régulièrement. Mais la presse quotidienne ne retiendra que ce qu’elle voulait entendre, quitte à déformer la réalité.

Un hors-jeu qui fait parler… le Parisien !

Dans un article intitulé « Un but hors-jeu qui fait parler », Sylvie De Macedo et ses camarades du Parisien [1] évoquent les réactions du PSG à propos de l’égalisation lyonnaise :

Ils ne polémiquent [2]. Ils préfèrent plutôt en sourire. […] Rageant ? Pas du tout. D’une seule voix, les Parisiens prennent cette « erreur » avec fatalité. Personne ne crie au complot ni au scandale. Pas même Antoine Kombouaré, pourtant réputé pour ses coups de gueule contre les arbitres. […] On ne saura jamais si le Kanak a demandé à ses hommes dans le vestiaire de rester calmes. Toujours est-il qu’une fois devant les micros, les joueurs du PSG se concentrent sur le contenu de la rencontre plutôt que sur le hors-jeu.
Et de citer cinq acteurs de la rencontre :
— Antoine Kombouaré : « J’espère que Monsieur Fautrel regardera les images. Mais je ne veux pas m’attarder là-dessus. »
— Guillaume Hoarau : « Sur le terrain, on ne se rend compte de rien du tout. De toute façon, le nul ne se joue pas là-dessus. »
— Sammy Traoré : « C’est bête. Mais c’est la loi du foot. »
— Ludovic Giuly : « Cette erreur, elle fait partie du jeu. Moi-même, je ne suis pas sûr de ne pas être hors-jeu sur mon but [3]. »
— Grégory Coupet : « L’erreur est humaine. Cela a des conséquences, mais cela peut arriver. Les arbitres font leur métier consciencieusement. Il ne faut pas leur jeter la pierre. Moi-même, j’ai fait des erreurs dans ma carrière. »

Conclusion : le hors-jeu fait surtout parler… le Parisien lui-même.

L’Équipe attaque l’arbitre

De son côté, le journal L’Équipe insistait à sept reprises sur la position de hors-jeu de Gomis, comme le relevaient les Cahiers du Football :

— En une : « Après avoir réalisé leur meilleur match de ce début de saison, les Parisiens ont concédé le nul face à Lyon. Par la faute d’Hugo Lloris, époustouflant, et d’un but de Gomis entaché d’un hors-jeu. » — Page 3 – sous-titre : « Après avoir eu plusieurs fois l’occasion de tuer le match, Paris a vu Lyon égaliser sur un but hors-jeu. » — Page 3 – chapo : « […] Mais Gomis a égalisé en fin de match, dans une position de hors-jeu non signalée. » — Page 3 – article : « Comment l’arbitre assistant n’a-t-il pas vu la position de hors-jeu de Gomis au moment de l’égalisation à cinq minutes de la fin du temps réglementaire ? » — Page 3 – les joueurs lyonnais : Gomis « a égalisé en position de hors-jeu  ». — Page 3 – Paris-Lyon (fiche du match) : « 1-1. Gomis en position de hors-jeu marque du droit au second poteau. » — Page 3 – Ce point-là est pour Lloris : « L’histoire retiendra que Gomis égalisa, un peu plus tard, en position de hors-jeu. »

Jean-Michel Aulas et les arbitres

La visite présidentielle à la mi-temps

Antoine Kombouaré et les joueurs ayant désamorcé toute polémique dès la fin du match, l’arbitrage sera vite oublié… avant de revenir de façon spectaculaire à la une avec les révélations de la presse spécialisée trois jours plus tard. Mercredi 23 septembre, on apprenait ainsi dans le Parisien que Jean-Michel Aulas et l’arbitre, Fredy Fautrel, avaient eu une discussion privée à la mi-temps, à l’abri des regards :

C’est un épisode important de la rencontre PSG - Lyon […] et il s’est déroulé en coulisse. La scène se passe dans les couloirs du stade à la mi-temps du choc de la 6e journée de L1. Il est même précisément 21h50. Jean-Michel Aulas, le président lyonnais, est descendu de la tribune officielle et s’en prend à l’arbitre de la rencontre, Fredy Fautrel, qui retourne dans son vestiaire.

Selon plusieurs témoins, le haut dirigeant de l’OL lui reproche son arbitrage de la première période au cours de laquelle Joël Bats, entraîneur adjoint de Lyon, a été expulsé à la suite d’une contestation après l’ouverture du score du PSG. Pour le banc lyonnais, le but de Giuly n’aurait pas dû être accordé car inscrit en position de hors jeu. Les images télé ont par la suite prouvé que l’arbitre a pris la bonne décision. Au lieu de mettre fin à cette conservation ou de la laisser se poursuivre devant les staffs techniques et les joueurs des deux équipes qui regagnaient leurs vestiaires, Fredy Fautrel décide de faire entrer dans son local Jean-Michel Aulas. L’un des deux délégués de la Ligue, Dominique Federico, confirme : « Ils se sont parlé en tête à tête, entre hommes. » Était-ce le moment pour s’expliquer « entre hommes », surtout quand on connaît le scénario de la seconde période et la grossière erreur de l’arbitre assistant qui oubliera de signaler Bafétimbi Gomis hors jeu sur le but de l’égalisation de l’OL à cinq minutes de la fin ?

« C’est malvenu et dommageable, regrette un arbitre international sous couvert d’anonymat. Cela participe d’une forme de déstabilisation. Pour les arbitres, la mi-temps doit servir à faire le point avec leurs assistants et se reposer. De la pression a été mise volontairement ou involontairement et, a priori, cela a joué sur l’arbitre assistant. » Ce dernier n’a pas signalé la position avancée de Gomis. Contacté, Fredy Fautrel n’a pu être joint. À Lyon, par la voix d’Olivier Blanc, le directeur général adjoint, on confirme que Jean-Michel Aulas a bien parlé à l’arbitre à la mi-temps mais « pas pour critiquer l’expulsion de Bats ou le but de Giuly que M. Aulas savait valable ». « On fait beaucoup de procès d’intention à Jean-Michel et il est courant qu’à la mi-temps des mots soient échangés avec les arbitres. Ce n’est pas interdit et il n’y avait aucun caractère vindicatif », termine Olivier Blanc.

L’Équipe résumait l’histoire de la même manière, avec en prime cette déclaration d’Olivier Blanc :

À la fin du match, ils se sont croisés à nouveau. M. Fautrel a dit à M. Aulas : « Vous voyez, c’est toujours mieux quand on peut se parler. »

Et L’Équipe de rappeler, après avoir précisé que Fautrel était « incontestablement l’un des directeurs de jeu les plus fiables de la L1 », que Jean-Michel Aulas « n’en est pas à son coup d’essai » :

Parfois, les caméras l’ont saisi comme le vendredi 16 décembre 2005, quand il raccompagnait Laurent Duhamel à la mi-temps de Lyon-Lille (1-3). À la 37e journée de la saison 2007/2008, l’OL avait obtenu de la Direction nationale de l’arbitrage un changement des désignations pour Lyon-Nancy (1-0). Les dirigeants lyonnais ayant constaté que deux des quatre arbitres désignés étaient titulaires de Bordeaux, alors à la lutte avec l’OL pour le titre.

Le lendemain, dans le Parisien, le ton de la discussion Aulas-Fautrel changeait sensiblement :

Alors que Fredy Fautrel rentrait dans son vestiaire à l’issue de la première période, Jean-Michel Aulas lui a, selon plusieurs témoins, vertement reproché son arbitrage en première période (expulsion du banc de touche de Bats et but de Giuly). Devant l’agressivité du patron de l’OL, l’arbitre a préféré faire entrer Jean-Michel Aulas dans son local afin d’éviter que cette discussion ne se déroule devant trop de monde.

Après ces révélations, Antoine Kombouaré s’insurgeait :

C’est interdit de venir à la mi-temps, c’est trop grave ! Et je vais même aller plus loin : tu peux non seulement gueuler mais tu peux aussi soudoyer l’arbitre si tu le veux. À l’arrivée, quand tu vois le but… M. Aulas, ou n’importe quel président, il attend la fin du match pour venir voir l’arbitre et dire ce qu’il a à dire. Moi, je vais envoyer mon président à chaque mi-temps pour mettre la pression sur les arbitres. On a perdu deux points et vous imaginez où on serait aujourd’hui avec deux de plus ? Ça me rend fou.

Robin Leproux avait également réagi dans la presse :

On m’avait dit que Jean-Michel Aulas était coutumier de ce genre de pratiques, je n’ai pas été déçu. C’est inacceptable ! Je suis un peu consterné. Les arbitres sont déjà suffisamment sous pression. Alors, venir invectiver M. Fautrel au point que celui-ci vous demande de le suivre à l’écart… Pour répondre à mes propos, M. Aulas évoquera sans doute mon inexpérience dans le football, mais ce n’est pas grave. Je n’ai pas peur de lui.

La réponse de Jean-Michel Aulas fut sans surprise : un démenti catégorique.

Je lui ai dit [à l’arbitre] qu’il s’était un peu fait avoir par la galipette de Giuly sur le tacle de François Clerc et que ce dernier ne méritait pas de carton jaune.

Pour quelles raisons Aulas a-t-il estimé que l’arbitre devait être au courant de ses interprétations du règlement à la mi-temps du match, si ce n’est pour influencer sa prestation en deuxième période ? Un simple concours de circonstances, selon le président lyonnais :

Plusieurs témoins affirment pourtant que vous avez invectivé Fredy Fautrel. Et c’est pour cette raison qu’il vous a fait entrer dans son vestiaire ? — C’est faux, je n’ai pas été vindicatif. Je descendais de la corbeille pour aller dans le vestiaire de mon équipe au moment où j’ai croisé l’arbitre. Je lui ai dit ce que je viens de vous dire. À partir de là, il m’a demandé de venir dans son bureau. Il m’a parlé et je l’ai écouté. Il m’a dit qu’au lieu de lui dire des choses en le croisant j’aurais dû les lui dire entre quatre yeux, en face à face. Il m’a renvoyé dans mes 22 m, si je puis dire.

De son côté, Robin Leproux persistait :

Je m’en tiens aux faits. Il y a une demi-douzaine de personnes qui ont assisté à la scène. Même s’il souhaite en donner une autre interprétation, Jean-Michel Aulas a couru après l’arbitre en l’interpellant à la pause. C’est très clair, et c’est pour ça que l’arbitre l’invite à régler ça dans le vestiaire pour ne pas se donner en spectacle. Si M. Aulas veut se revoir, on tient à sa disposition les images vidéo. Il faut qu’il sache que, face à de tels agissements, il verra toujours les dirigeants du PSG se dresser devant lui. Maintenant, il faut s’arrêter là avec cet incident. Mais il ne faut pas occulter la vérité.

En guise de conclusion, JMA reprenait son rôle de victime-donneur de leçons :

Tout ceci n’aurait jamais dû faire plus d’une demi-ligne ! C’est injuste de critiquer monsieur Fautrel. […] Sur cent arbitres, quatre-vingt-dix-neuf n’auraient pas vu que Gomis était hors jeu. Après, il faut être sport et faire preuve d’un peu d’humilité. […] C’est un buzz orchestré par les dirigeants du PSG. Cette polémique est stupide et constitue une remise en question de l’éthique. Faisons plutôt confiance aux joueurs, aux arbitres et aux dirigeants. […] J’ai été blessé, mais j’ai l’habitude d’être attaqué et je sais me défendre. Ce qui me gêne, c’est que les arguments avancés ne décrivent pas la réalité. J’ai été exemplaire sur cette affaire.

La contre-attaque médiatique

Pourtant, en réagissant cinq jours après le match, Jean-Michel Aulas ne se contentait pas de minimiser les événements. Dans le Parisien, il attaquait… le président du PSG :

J’estime être un dirigeant responsable, qui a de l’expérience et de l’éthique. En revanche, ce n’est pas forcément le cas au PSG. […]

Il [Robin Leproux] a dit que mon attitude était inacceptable… De la part de quelqu’un d’un peu puceau dans le milieu, qui n’a pas totalement tous les paramètres, je pense qu’il a réagi un peu vite à partir d’une situation qui n’est pas celle qui s’est passée. Comment s’appelle-t-il ? (Il marque un temps d’hésitation.) Ah, oui ! Monsieur Leproux voulait aussi se justifier auprès de ses actionnaires qui sont des gens ambitieux et qui veulent que leur équipe gagne plus. […] Je pense qu’il s’est fait engueuler par Sébastien Bazin, à qui j’avais raconté l’anecdote à la fin du match. Et comme malheureusement Robin n’avait pas saisi la nuance, je crois qu’il en a rajouté un peu.

Dans le plus pur style JMA, le président lyonnais se rendait coupable d’attaques personnelles, gratuites et condescendantes. Invité à réagir dans la même édition du Parisien, Robin Leproux calmait le jeu :

Jean-Michel Aulas a perdu son sang-froid avec ce terme grossier. Pour quelqu’un qui revendique son expérience dans le football, il ne montre pas l’exemple. […]

J’ai passé l’âge de me faire engueuler et mes actionnaires ne sont absolument pas le genre de personne qui ont ce genre d’attitude, encore une pure invention. Il y a un petit côté bizutage étrange de la part d’Aulas.

Aujourd’hui, quatre mois après les faits, le vice-président de la LFP continue de claironner le même message :

Robin avait réagi de manière spontanée, sans trop d’expérience, ce qui m’a amené à être un peu vif dans mes propos. Je m’en suis excusé même si le terme utilisé était particulièrement approprié. Il n’était pas le seul à réagir trop vite. Notre ami Antoine [Kombouaré] avait soufflé sur les braises un peu activement. Robin est quelqu’un de droit, qui apprend tous les jours le métier.

Et il aurait tort de s’en priver, puisque Jean-Michel Aulas n’a pas été sanctionné ou rappelé à l’ordre, ni pour son comportement à la mi-temps [4], ni pour son dérapage verbal. Quelques jours plus tard, Claude Makelele et Antoine Kombouaré — dans l’affaire Gourcuff — ne bénéficieront pas de la même clémence…

Notes

[1] Arnaud Hermant, Laurent Perrin et Christophe Bérard cosignent cet article du 21 septembre 2009.

[2] L’oubli est d’origine. À la relecture, il n’était peut-être pas évident pour tout le monde que l’article était exclusivement consacré à une polémique… qui n’existe pas.

[3] Ce n’est pas le cas.

[4] « J’ai pensé que monsieur Aulas avait dépassé les bornes et je le lui ai dit, c’est tout, expliquait l’arbitre à l’époque des faits. Je n’ai pas fait de rapport parce que ce n’est pas nécessaire de les multiplier à tort et à travers. »

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