Dans la nuit du 18 décembre, Daniel Riolo parle au micro de RMC. Accompagné de Fabien Lefort, le journaliste de l’After Foot est resté au Parc des Princes. Il est tard, le stade s’est vidé de ses supporters et une sinistre bruine refroidit déjà ces tribunes que le spectacle avait portées au rouge quelques minutes plus tôt. L’entraîneur parisien a vu sa stratégie validée sur toute la ligne : son club truste la tête du classement de la L1, il est toujours qualifié en coupe de la Ligue, et ses joueurs ont arraché une homérique qualification alors même qu’il réussissait à en préserver les cadres. Le Guen gère au mieux un groupe que l’on voit plus soudé que jamais. Bref, une bien triste soirée pour tous les anti-Le Guen…
Mais le journaliste parisien ne pouvait abandonner ses condisciples dans le doute et laisser ces fidèles au bord du chemin, seuls dans la difficulté. Malgré l’écrasante victoire, malgré la joie et les quatre buts, il fallait reprendre du poil de la bête et montrer comment continuer à critiquer l’entraîneur du Paris Saint-Germain, envers et contre tout [1].
- {After Foot} du 18 décembre 2008
 Si Paris perd, c’est la faute de Le Guen ; si Paris gagne, c’est un coup de bol
La base pour Daniel Riolo dans une discussion concernant Paul Le Guen, c’est justement de ne pas discuter. Le souci des anti-Le Guen aujourd’hui, c’est que tous les arguments logiques ont tourné en leur défaveur. Donc, surtout, on n’entre pas dans les détails, on ne raisonne pas : il faut rester sur une ligne claire, à la Gavroche : Paris est à la peine, c’est la faute à Le Guen, si le PSG est beau, c’est vraiment un coup de pot.
Ce que cela donne dans les faits ? Un exemple : Fabien Lefort explique que c’est bien mal connaître Paul Le Guen que d’affirmer qu’il pouvait lâcher la coupe UEFA :
Fabien Lefort : « On a le droit de ne pas l’aimer, mais de dire que Paul Le Guen est un entraîneur qui snobe la coupe d’Europe… avec son passé de joueur, avec la cote d’amour qu’il a avec cette coupe d’Europe, ce sont des bêtises ! »
Diable, vu que le coach parisien a passé 90 minutes à demander à ses joueurs de marquer, vus les risques qu’il a pris dans une organisation hyper-offensive en seconde mi-temps, et vu son comportement sur le banc quand il encourageait ses joueurs à continuer d’attaquer à 4-0, afin d’être sûr d’emporter la décision, il se pourrait bien qu’effectivement Fabien Lefort ait raison. Le Guen aurait vraiment tenté de tout faire pour qualifier son équipe, sans pour autant hypothéquer ses forces en championnat…
Mais alors, on nous aurait menti ? Heureusement, Daniel Riolo ne pouvait laisser passer une telle énormité sans réagir… Voici donc LA révélation du jour : pourquoi, quand le Paris Saint-Germain remporte un match par 4 à 0, en se procurant un tombereau d’occasions, dont un penalty, son coach n’y est quand même pour rien.
Daniel Riolo : « Ce soir, ça a tourné de façon extraordinaire, de façon totalement irrationnelle en faveur du PSG ; parce qu’il y a deux buts dans les sept dernières minutes et que dans le même temps City marque. Ça s’est donc joué sur le fil d’un match je le répète irrationnel, en pesant bien le mot irrationnel… Mais que derrière tu viennes donner une leçon alors que si tu n’as pas ces sept dernières minutes de pure folie, tu ne peux pas venir dire la même chose… »
Où Daniel Riolo découvre qu’un match de foot dure 90 minutes. Eh oui, si tu ne marques pas en fin de match, tu ne te qualifies pas, et si tu ne te qualifies pas, tu ne peux pas la ramener. D’ailleurs si Paris n’avait pas marqué du tout, il aurait peut-être perdu ! Seulement voilà , malgré tous les « si » du monde, c’est ballot, mais le PSG de Paul Le Guen a marqué… et s’est qualifié.
Pour Daniel Riolo pourtant, rien à faire : certes, le PSG l’a emporté, mais c’était un match irrationnel, en dehors de toute logique. Et donc un match dans lequel le travail, l’organisation et l’impact d’un entraîneur sont nuls…
Pourquoi ? Mais parce que Paris a marqué dans les sept dernières minutes bien sûr ! Alors que se passe-t-il au juste lors de cette mystérieuse seconde, celle qui déboule après 82 minutes et 59 secondes de jeu, celle après qui plus rien ne sera comme avant ? Daniel Riolo gardera ce secret pour lui, préférant ne rien expliquer de son audacieuse théorie.
Quelques hypothèses : face à Twente, en fin de match Paul Le Guen avait laissé sa place sur le banc à un sosie. Sur les deux derniers buts, ce n’est donc pas lui qui pousse son équipe, comme les images télévisées le montrent d’ailleurs bien… Hum…
Ou alors Le Guen continuait à donner ses consignes mais la célèbre faille spatio-temporelle de la 83e minute empêchait désormais ses joueurs de l’entendre. C’est possible aussi.
Enfin tout cela se révèle difficile à démêler, mais ce qui est clair c’est que dans les sept dernières minutes, le coach, il ne compte plus. Fini. Terminé. Qu’elle est cruelle cette jurisprudence Riolo…
Ce soir du 18 décembre 2008, la France entière aura donc appris, médusée, que face au Real Madrid, en 1993, Artur Jorge était sans doute parti se chercher un hot-dog quand Kombouaré a marqué sa tête historique, et que tous les matches remportés lors de prolongations à travers le monde sont en fait frappés de l’unique sceau de la destinée. Enfin, chaque fois, l’entraîneur n’y est pour rien, épître de Riolo aux Parisiens, chapitre 7 verset 12 oblige.
Alors évidemment, les auditeurs pernicieux remarqueront que pour gagner 4-0 en marquant deux fois en fin de match, il avait déjà fallu marquer deux buts en première mi-temps. La jurisprudence Riolo s’applique-t-elle aussi dans ce cas ? Les buts de la 84e annulent-ils ceux de la 25e minute de jeu ? Le mystère demeure.
Quant aux mauvais esprits, ils répondront au journaliste de RMC qu’en fin de match Paul Le Guen a mis en place une disposition tactique hyper offensive, doublée d’un coaching organisant un audacieux jeu d’attaque qui, soyons fous, a peut-être un vague rapport avec le fait que Paris ait ensuite marqué. Mais ce serait oublier que Daniel Riolo ne discute pas. Il assène ses vérités… même si elle sont dénuées de sens. Du moment que ça va à l’encontre de Le Guen.
On appréciera également au passage la petite remarque concernant City (« ça a tourné de façon extraordinaire, de façon totalement irrationnelle en faveur du PSG parce qu’il y a deux buts dans les sept dernières minutes et que dans le même temps City marque… »). Quand on sait que ce but mancunien, inscrit à la 92e minute, ne change strictement rien au résultat final, on apprécie la fine collusion, sous-entendant que le PSG doit sa qualification autant aux Anglais qu’à lui-même. Après tout, Daniel Riolo n’en est plus au coup d’essai en ce qui concerne les demi-vérités fragilisant le coach parisien.
 Caton l’Ancien, sors de ce corps !
Maintenant, répétez après Daniel : Si le PSG gagne, c’est de la chance ; si le PSG perd, c’est la faute de Le Guen… Si le PSG l’emporte, c’est du bol ; si le PSG échoue, c’est à cause de son coach… Si le Paris Saint-Germain se qualifie, c’est totalement irrationnel ; si le Paris Saint-Germain perd, son entraîneur a mal géré…
Comment ça c’est toujours la même chose ? Mais évidemment que c’est toujours la même chose ! Deux bonnes raisons à cela : quand on n’a rien à dire, mais qu’il faut parler une heure, on en vient vite à se répéter… mais surtout, depuis Caton l’Ancien, on sait que le bourrage de crâne est une technique de persuasion fort efficace.
Caton l’Ancien est ce sénateur romain qui, quel que soit le sujet de son discours, terminait invariablement par ces mots : « Ceterum censeo Carthaginem delendam esse », qui peuvent se traduire par « en outre, je pense qu’il faut détruire Carthage ». Persuadé que l’essor de la ville de Carthage l’amènerait à devenir une ennemie de Rome, Caton ressortait sans cesse sa conclusion, afin qu’elle marque l’esprit des sénateurs. Cette stratégie, ancêtre de la propagande, est d’ailleurs devenue célèbre sous la locution Delenda est Carthago… et Carthage fut détruite par Rome.
Un match irrationnel, irrationnel, et… irrationnel
Daniel Riolo a fait sienne cette astuce de communication vieille de deux mille ans : une fois trouvée, il répète sa thèse inlassablement. Dans le passage cité ci-dessus, on a donc droit au mot irrationnel plus de trois fois de suite en deux phrases, le journaliste avouant lui-même insister volontairement dessus.
Un résultat présenté trois fois de suite comme irrationnel (tout de même), pour convaincre que ce soir-là personne n’a eu d’influence sur son issue, et surtout pas Le Guen. Quelques minutes plus tard, Daniel Riolo reprend la parole…
Daniel Riolo : « Avant tu avais eu un parcours pas bien géré : tu peux te mettre à l’abri contre Schalke en ne le gérant pas comme il l’a fait. […] Mais le final, et c’est ça qui est paradoxal, Paul Le Guen qui est quelqu’un de très rationnel, qui calcule beaucoup, qui pèse tout ce qu’il fait, qui essaye de voir tout ce qui peut se passer, voit le PSG qui se qualifie de façon irrationnelle. En marquant deux buts dans les sept dernières minutes. »
Tiens, on n’aurait pas entendu exactement la même chose quelque part ? Les mêmes mots, qui servent la même thèse, jusqu’à ce qu’ils s’imposent comme une vérité établie. Deux axes ici :
 D’une part, si Paris perd à Schalke, c’est que Paul Le Guen a « mal géré ». Une défaite ? C’est forcément dû à l’entraîneur : en effet, avec l’équipe choisie par Le Guen il était impossible de gagner. Il suffisait de le vouloir, et d’aligner l’équipe-type voyons ! Au lieu de ça, l’entraîneur parisien fait exprès de mettre une équipe pour perdre…
 D’autre part, marquer dans les sept dernières minutes, désolé mais ça pour Daniel Riolo, ça ne compte pas ! Si Paris se qualifie c’est, et le mot tombe de nouveau, irrationnel. Et donc opposé à cet entraîneur que le journaliste présente — encore une fois — comme calculateur. En outre, je pense que Carthage est à détruire.
Daniel Riolo et la théorie du chaos
Toujours dans la même logique de matraquage, la fameuse thèse du coup de bol :
Daniel Riolo : « [Le Guen] a réussi son pari exactement comme un mec qui au poker part pour le dernier coup avec une main moisie, et qui gagne à la river. Pour ceux qui connaissent le poker, c’est exactement ce qu’a fait Paul Le Guen. Alors bravo ! (ironique) »
Paul Le Guen serait donc, si on suit la pensée du journaliste, le joueur de poker trop heureux de découvrir que la dernière carte retournée au hasard est, contre toute attente, pile celle qui lui donne la victoire. Rappelons au passage qu’aucune explication, technique ou footballistique, aucune analyse du match n’est venu étayer tout cela.
Et quand son collègue rentre dans son jeu, concédant que, contre toute logique, Le Guen pourrait n’avoir gagné 4 à 0 que par un heureux hasard, Daniel Riolo enfonce même le clou, pour ceux qui n’auraient pas bien compris :
- Fabien Lefort : « C’est une forme de talent ? [de gagner ainsi] »
- Daniel Riolo (après un temps de réflexion) : « … C’est une forme de cul. »
Quand Paris gagne, c’est par chance. Quand Paris perd, c’est Le Guen Bis repetita. En outre, je pense que Carthage est à détruire.
Et le pire, c’est que cet exemple du poker, qui ne prouve rien, ne se base sur rien, et n’est illustré par rien, Daniel Riolo le ressort tel quel quand, plus tard dans l’émission, une auditrice lui demande de reconnaître que Le Guen a fait de bonnes choses pour le PSG. Pour Riolo, encore et toujours, Le Guen ne gagne que malgré lui. Bourrage de crâne quand tu nous tiens… Et sinon, je vous ai déjà parlé de Carthage ?
Et pendant ce temps-là , les Shadocks (et Makélélé) pompaient
Après, il y a aussi le matraquage à long terme. En voici un exemple :
- Gilbert Bribois : « Les supporters parisiens ont globalement toujours été très dur avec Peguy Luyindula, qui n’a pas forcément toujours eu la confiance de Paul Le Guen, et qui ne l’a d’ailleurs pas totalement puisqu’il n’est pas titulaire de l’équipe-type… »
- Fabien Lefort : « C’est quand même Paul Le Guen qui l’a fait venir ! »
- Daniel Riolo : « Et Makélélé ? C’est Le Guen qui l’a fait venir Makélélé ? »
Cette remarque de Daniel Riolo, fort à propos dans le contexte du jour puisque Makélélé n’avait, rappelons-le, pas joué une seule seconde face à Twente, est à rapprocher d’une autre sortie du journaliste : alors que Gilbert Bribois lui demandait après PSG - Lyon si la victoire parisienne portait la patte de Paul Le Guen, Daniel Riolo avait répondu par la négative — mais qui cela étonne-t-il ? —, arguant du fait que Le Guen n’avait pas choisi de recruter Makélélé…
Après, chacun sait que jusqu’à preuve du contraire le football se joue encore à onze, et qu’à défaut de l’avoir demandé à cor et à cri, Paul Le Guen s’est tout de même avéré capable de placer Claude Makélélé dans des dispositions susceptibles de le voir retrouver son niveau… Cela ne change rien à l’affaire : à intervalles réguliers, et même si cela n’a rien à voir avec le match du jour, Daniel Riolo ressort son antienne : c’est Villeneuve et non Le Guen qui a fait venir Makélélé. D’ailleurs, à ce propos, je pense qu’il faut détruire Carthage.
Une équipe bis pas si bis que ça
L’incroyable compilation de tous ces exemples n’en reste pas là . Toujours dans le même ordre d’idée, pour l’éditorialiste de RMC, le coach parisien n’a aucun mérite à se qualifier en faisant tourner le groupe. En effet, selon lui, le Paris Saint-Germain dispose avec son effectif privé de remplaçants spécialistes aux postes de latéral droit, de latéral gauche, et de milieu gauche, d’une grande profondeur de banc.
Daniel Riolo : « Quand tu vois ce soir les deux remplaçants, Luyindula et Kežman — même s’il est passé à côté du match qui aurait pu être son dernier au Parc, à l’arrivée vu qu’il met une passe décisive, un but et que dans le jeu il a plutôt été bon, et que Luyindula est un titulaire en puissance —, cela veut dire que ceux qui disaient qu’il n’y avait pas de banc et que l’effectif n’était pas assez large se sont trompés. »
Même tactique que d’habitude : au cas où cela ne passe pas la première fois, on répète l’énormité qui arrange, histoire de…
- Un auditeur : « Paul Le Guen, sa priorité c’est le championnat, car il n’a pas une profondeur de banc suffisante pour arriver en finale… »
- Daniel Riolo : « La preuve que non ! La preuve que non ce soir ! La preuve que non ! […] Au mois d’août, j’ai dit que Paris avait l’effectif pour être dans les trois. »
Le rabâchage est une clef du mode de communication du journaliste. Après, dans ce cas précis, on peut aussi s’intéresser au fond, intéressant :
Dans l’esprit de Daniel Riolo, l’effectif suffisait peut-être… Après tout, il ne prenait pas de risque en balançant une telle assertion. Mais ce qui ressort surtout du discours du journaliste, c’est que l’entraîneur lui, devait mener le PSG à sa perte. Or, on voit ce qu’il en est après ce match contre Twente. À ne rappeler que la moitié de ses prémonitions de voyant homologué, Riolo omet de dire qu’il pronostiquait un avenir bien sombre pour les Parisiens… avenir qu’il attend toujours.
Pour conclure avec cette histoire de banc, si d’après le journaliste Paul Le Guen gagne ça n’est donc que malgré lui, réussissant au petit bonheur la chance à s’en sortir avec un groupe qui est d’une grande qualité.
Au jeu des pertes de mémoires, Daniel Riolo passe également sous silence le fait que si ce banc s’avère si bon, c’est peut-être avant tout parce que l’entraîneur du Paris SG a su faire confiance aux Luyindula, Pancrate et autres Traoré ou Kežman ! Tous ces joueurs qu’il a titularisés contre les avis des spécialistes des médias… Car ce sont ces mêmes joueurs parisiens que Daniel Riolo trouvait si bons le 18 décembre que Le Guen a utilisés à Schalke ou Santander… dans ces matches que Riolo déclare pourtant si mal gérés !
Si ces joueurs ont été mis dans le rythme, c’est aussi grâce à ces fameuses rencontres : celles où titulariser une équipe que Daniel Riolo disait « bis » c’était soi-disant snober la coupe UEFA. Celles où ils ne fallait pas les faire jouer. Ces joueurs bis de Santander, finalement pour Riolo, après Twente ils sont la preuve même que l’effectif parisien est assez large, et donc que Le Guen n’a guère de mérite. Vive la cohérence.
Là encore, mieux aurait valu pour le journaliste rester vague, sans trop tenter de s’expliquer, qui plus est en y revenant comme d’habitude deux fois de suite. Et surtout, aller détruire Carthage.
En page 2 : Riolo tombe le masque !
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Arno P-E
