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Série de cinq portraits inédits de l’ancien président du PSG

[PSG-Nantes] L’héritage de F. Borelli au PSG (3/5)

Retour sur tout ce que nous a laissé ce grand monsieur

jeudi 11 septembre 2008, par Arno P-E

[PSG-Nantes] L'héritage de F. Borelli au PSG (3/5)

Ce dimanche 14 septembre 2008, à l’occasion du match Paris SG - FC Nantes (5e journée de Ligue 1), la tribune présidentielle du Parc des Princes sera officiellement rebaptisée « Tribune présidentielle Francis Borelli », en hommage à l’ancien président du PSG, décédé en octobre dernier. Cet honneur fait à « l’homme à la sacoche » illustre l’importance de son oeuvre pour le football à Paris. À cette occasion, nous vous proposons de revenir sur Francis Borelli, les aspects les moins connus de son parcours et sa personnalité, grâce notamment à la participation de sa famille.
Troisième partie : ce que Francis Borelli a laissé en héritage au Paris SG (découvrez les 5 parties, publiées d’ici dimanche)

L’Histoire a retenu de Francis Borelli l’image d’un homme ivre de joie, un soir de 1982, embrassant la pelouse du Parc des Princes. Le cliché, bien que magnifique, n’en est pas moins réducteur, voire injuste. Plutôt que le président d’un tout jeune club, M. Borelli en était peut-être davantage le premier supporter. Premier, dans tous les sens du terme.

Il en avait fait sa campagne de publicité pour les abonnements de la saison suivante. Au bout de la nuit, le Paris Saint-Germain remportait sa première coupe de France en terrassant l’ogre Saint-Étienne. Après un match à l’intensité et au suspens légendaires Francis Borelli, sa petite sacoche en cuir à la main, se rue sur la pelouse. Il court comme hébété, perdu, les bras ouverts, puis, soudain, se jette sur le sol.

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Francis Borelli, le soir de la finale de la coupe de France 1982

Borelli, le supporter - président

C’est son moment, sa joie. Celle d’un dirigeant qui, n’en pouvant plus, avait dû quitter les loges pour suivre la fin de la rencontre au bord du terrain. La joie de celui qui resterait à jamais le président ayant ouvert l’armoire à trophées du PSG. Une joie exubérante, incontrôlable, enfantine, si éloignée des réactions policées auxquelles nous avons droit aujourd’hui. Mais la joie d’un président, tout de même. Or il suffisait de l’avoir croisé ne serait-ce qu’une fois pour comprendre que Francis Borelli était bien plus que cela.

Un soir d’hiver du début des années 2000, passé à préparer un avant-match à la brasserie des Trois Obus, j’ai eu cette chance. Discutant avec des amis à coups de 4-4-2, de pronostiques qui amenaient inéluctablement tous nos opposants directs à la défaite alors que nous ne pouvions pour notre part connaître qu’une victoire écrasante, un ami me désigna une petite table, tout au fond de la salle. Accoudés, une troupe de vieux bonshommes aux cheveux blancs et aux écharpes rouges et bleues tenaient visiblement des propos assez proches des nôtres. Parmi eux, un homme au profil déjà fatigué me rappelait vaguement quelqu’un.

« C’est Francis Borelli ! », me glissa mon camarade de tribune. Comme toujours, dans ces cas-là, j’étais partagé entre l’envie de me lever pour aller frapper dans le dos de celui que j’avais l’impression de connaître depuis des années, et la conscience de la réalité : si j’avais lu des dizaines d’histoires sur Francis Borelli, lui en revanche aurait été plutôt surpris de se voir apostrophé par un inconnu. Mais se trouver aux côtés de l’icône, déjà, nous aidait tous à envisager la rencontre sous de bons auspices.

Réchauffés autant par la présence du mythique ancien président que par la bière, nous quittions la brasserie quelques minutes plus tard, prêts à gagner le Parc des Princes. Sur le trottoir, juste devant nous, un homme attendait. Il se retourna, et voyant que nous le reconnaissions, il fit quelques pas vers nous. C’était M. Borelli. Alors qu’il nous serrait à tous la main, la discussion s’engagea naturellement. Lui nous parlait de la rencontre du soir. Nous, idiots et empruntés, lui bredouillions quelques mercis incohérents. Pour avoir fait gagner le PSG, quinze ans auparavant, alors que nous n’étions même pas encore supporters, pour avoir défendu les couleurs de notre club, pour avoir modelé ce PSG que nous aimions, et pour avoir pris la peine de venir nous dire bonjour, simplement.

La vérité c’est que Francis Borelli était un supporter, heureux de discuter avec d’autres supporters, sans façon. C’est pourquoi cette histoire de pelouse embrassée a quelque chose d’injuste. Borelli y figure le président, forcément un peu solitaire. Ceux qui l’entourent, photographes, dirigeants, anonymes, ils sont tous debout. Lui, agenouillé, vit un moment intense, un rêve sans doute, mais il le vit seul, et c’est ce que l’on a conservé d’un des hommes les plus généreux, les plus humains que le Paris SG ait compté à sa tête.

Borelli, pionnier de l’amour

Voilà ce que Francis Borelli a apporté au club : son exemple de simplicité, mais aussi de passion partagée. Il a tracé la voie pour tous les supporters. Le voilà le legs extraordinaire du supporter Borelli : sa déclaration en 2000, lors du jubilé organisé par Laurent Fournier au Parc des Princes.

Le PSG c’est mon Amour, c’est ma passion. Tout ce qui vient du Paris Saint-Germain m’enchante. J’ai presque envie de vous dire que je suis souvent triste. J’ai connu des moments merveilleux, extraordinaires, mais c’est vrai que là je me sens un peu mal à l’aise parce que je sais que plus jamais je pourrai travailler, m’amuser, vivre avec le PSG. Il m’arrive d’être triste, de temps en temps très gai. Le PSG est quelque chose d’extraordinaire, c’est tout mon Amour. Il n’y a rien qui me soit arrivé de mieux.

Comment voulez-vous ne pas suivre au bout du monde celui qui non seulement aime son club, mais en plus ne s’en cache pas ?

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{Une histoire d’amour}

Avant Borelli, se déclarer amoureux d’un club aurait été impensable, et ridicule. Supporter un club de football avait déjà quelque chose de saugrenu. Pourquoi consacrer tant d’énergie, d’argent et de temps à onze gars en short ? Mais parce que c’est Paris… Parce que c’est notre club, parce qu’on l’apprécie, on y est attaché, et… On tourne autour du pot ! Pas Francis Borelli. Lui convoquait la presse, écrivait des éditos, se plaçait devant les caméras et lançait LE mot. Amour. Lui avait la légitimité, le bagou, la force et peut-être la dose de folie douce suffisante pour déclarer sa flamme. Après lui, la porte est restée ouverte. Nous nous y sommes engagés.

Passer derrière un homme qui a le courage insensé de clamer son amour passionnel du Paris SG, de le revendiquer, c’est tout de suite plus facile. Par ses actes autant que ses discours, M. Borelli a décomplexé toute une génération de Parisiens. Il leur a permis de se donner pleinement, avec fierté.

Mais il n’en est pas resté là. Pour les supporters des années 1980, les tribunes avaient valeur de terra incongnita. Un nouveau monde à construire. Sans doute Francis Borelli n’en était-il pas alors conscient, mais pile vingt ans après, et malgré l’incroyable évolution qu’a depuis connue le supportérisme, ses propos ont conservé leur acuité, et leur force.

Programme de match PSG - Lens, en mai 1988 :

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{Criez, chantez le PSG !}

Par vos encouragements ce soir, quelles que soient les péripéties de la rencontre, vous serez acteurs au même titre que les joueurs. Le scénario d’un match de football n’est jamais écrit à l’avance, c’est tout son charme : à vous d’en tracer les grandes lignes. Plus que votre estime, cette équipe mérite votre soutien inconditionnel, ne serait-ce qu’en raison des vertus morales et techniques dont elle fait preuve actuellement, de ses qualités de dévouement et l’abnégation qui forcent le respect. […] Abandonnez votre retenue légendaire de public connaisseur. Vous ne regretterez pas ce léger écart de conduite si la victoire vient récompenser votre participation.

Si Francis Borelli pouvait nous rejoindre en tribunes dimanche, nul doute qu’il ne changerait pas un mot de son discours. Le soutien inconditionnel, le respect de nos joueurs, l’abandon de sa retenue… Les discours des capos d’Auteuil ou de Boulogne en sont les descendants directs. Francis Borelli a façonné le PSG a son image.

Les difficultés d’hier demeurent celles d’aujourd’hui : la peur de se lâcher et de dévoiler sa passion, la difficulté de ne pas montrer sa peine quand le club est mené, ou joue mal, et le besoin d’emporter la décision en prouvant son soutien lors des passes difficiles. Le président avait tout compris, déjà, des écueils qui menaçaient son club.

Programme de match PSG - Montpellier, en avril 1999 :

N’attendez pas que notre club retrouve son standing pour le serrer dans vos bras. Faites le dès maintenant. Surtout maintenant ! N’ayez pas peur. Battez-vous contre la résignation. Depuis qu’à Paris on s’est inventé des voyages qui tutoyaient les nuages, je me refuse à baisser les yeux. Vous aussi j’espère. Je vous en conjure : ne sifflez pas nos footballeurs, applaudissez-les pour qu’ils retrouvent une lumière définitive. Ces joueurs-là ont subi une terrible charge émotionnelle. Ils ne sont ni des robots, ni des machines libérées des doutes et des angoisses. Mais des êtres de chair et de sang tout simplement. Bien sur les esprits sont atteints. Mais ne méritent-ils pas du respect, et oserais-je l’affirmer, quelques honneurs, ces footballeurs-là ?

Peut-être est-ce cette ferveur, toujours assumée, cette passion qu’il revendiquait pour Paris et le Paris Saint-Germain qui confèrent à Francis Borelli une place toute particulière dans le cœur des supporters du PSG ? Quand il évoquait notre club, le président était touché par la grâce. Au siège du Paris Saint-Germain, les dirigeants parlent aujourd’hui de budgets, de droits télé, de politique salariale, et d’investisseurs saoudiens, et certains supporters de reprendre leurs propos. Lui, il nous parlait d’amour. Que voulez-vous, on ne joue plus dans la même cour. L’époque n’y fait rien, les nouvelles mœurs ne sont qu’une excuse faiblarde.

Il suffit de se replonger dans les discours de Francis Borelli pour comprendre ce qui peut le séparer de certains de nos derniers présidents banquiers, entrepreneurs ou marchands d’images :

Programme de match PSG - Racing, en avril 1985 :

Que serait Paris, capitale du monde, sans son histoire, ses monuments, sa liberté, sa vitalité… ? Que serait Paris, centre du monde sans ses héros, sa fraîcheur, sa générosité, son sourire… ? Que serait Paris, cœur du monde sans son imagination, son esprit turbulent, sa créativité, sans ses merveilleux Parisiens frondeurs et sans ses séduisantes Parisiennes… ?

Pour nous, à cette liste qui ne sera jamais exhaustive, il faut rajouter aujourd’hui une autre interrogation : Que serait Paris, sans son football ? Que serait Paris, sans le PSG ?

Sans aller jusqu’à parler d’un manque ou d’un vide insurmontable, combien d’entre nous seraient perdus certains jours de semaine face à un Parc des Princes déserté et sans âme, combien resteraient sans voix dans leurs conversations amicales, tournant autour de leur passion commune le football…, si par malheur une telle tragédie nous tombait sur la tête.

Amoureux de Paris, fidèles du PSG, ce soir les joueurs de votre Club ont besoin de vous plus que jamais pour que l’année prochaine vos cris, vos, coups de cœur, vos encouragements, votre tendresse leurs soient donnés. Pour qu’un PSG au football conquérant, imaginatif, brillant, efficace à l’image de Paris, leur ville aux milles éclats puisse à nouveau faire chavirer votre cœur. […]

Plus que jamais, [les joueurs] sauront vous entendre quand vous crierez : J’aime Paris, j’aime le PSG.

Que l’on lise cela depuis Auteuil, Boulogne ou un coin perdu de province, si loin du Parc, quand on a le cœur Rouge et Bleu cela n’évoque qu’une conclusion : Francis Borelli était un des nôtres. Un supporter du PSG, tout simplement. Il le restera à jamais. Merci à vous, M. Borelli.


P.-S.

Il a été difficile de n’extraire que quelques discours de la masse de choses extraordinairement belles, ou étonnamment actuelles et justes, que cet homme a pu écrire. Un grand monsieur, vraiment. Merci à Olivier (ORRG) pour ses archives.

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