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Portrait d’un des membres de l’armée du Paris SG

Un tambour chez les Lutèce Falco

Suivez Paris SG 1-0 Bordeaux dans la peau d’un des tambours d’Auteuil

lundi 18 août 2008, par Arno P-E

Un tambour chez les Lutèce Falco

La fumée, âcre, brûle les yeux et la gorge. Des particules de cendre flottent dans les volutes bleuâtres. Une nuit artificielle s’est abattue sur le Virage Auteuil, en ce début de seconde mi-temps. Perdus dans le brouillard, les Ultras ne distinguent même plus leur voisin. De toutes façons, il y a longtemps que les écharpes recouvrent les visages, pour protéger la voix autant que l’identité.

Craquage massif, pots de fumée sur tout le front d’Auteuil. Impossible aux retardataires de retrouver leur place dans cette tourmente. Les stewarts transpercent en courant les rangées de supporters pour aller s’emparer des pots. Trop tard. Seule la lumière brûlante des fumigènes perce désormais la brume glauque, donnant à la scène des reflets diaboliques. Au retour des vestiaires, les Bordelais goûtent à l’enfer du Parc. La saison a enfin repris dans l’antre du Paris Saint-Germain !

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Tifo du Virage Auteuil contre Bordeaux (photo LF)

Les équipes sont prêtes, le coup de sifflet retentit, et le jeu reprend. Mais depuis Auteuil Bleu la pelouse demeure invisible. Lui aussi masqué par les derniers effluves, le capo des Lutèce Falco relance déjà les chants. Le groupe, compact, tendu, lui répond dans l’instant. Un chant assourdissant…

Perdus dans la fosse, les tambours attendent…

Les volutes se dissipent avec la dignité un peu hautaine de ceux qui ne se presseront jamais. Ils roulent avec une infinie lenteur sur une scène qui se livre enfin aux yeux du Parc. Le Capo, micro au poing, est juché sur un podium métallique. Le terrain est là-bas, dans son dos. Son groupe le surplombe. Une mer rouge et bleue, déchaînée, hérissée de drapeaux, de bras tendant des écharpes, de cris. Derrière eux, une fosse. Un no man’s land. Deux rangées de sièges laissées vides, puis le parapet, et enfin, en contrebas, le vide avant ce terrain où Paris affronte Bordeaux.

Dans la fosse, cavité cachée aux yeux de tous, un embrouillement recouvre le sol. Monceau de deux-mâts repliés à la hâte, banderoles exposées avant la rencontre puis repliées à la va-vite, drapeaux géants prêts à être hissés… Tout y gît pêle-mêle. Seule une poignée de membres du noyau s’affairent au milieu de ce capharnaüm, bricolant ce qui a été abîmé, ou fonçant chercher du matériel. Pris dans leur mission, sans cesse affairés, sollicités pour d’incessants aller-retours ils semblent indifférents à ce match qu’ils ont choisi de ne pas voir.

Au milieu de cette fosse une figure demeure pourtant immobile. De profil entre pelouse et tribune, maillot du Celtic sur le dos, un tambour des LF s’est figé. Benjamin, ou plutôt BNJ, a tourné sa tête vers la gauche, vers le capo qui lui a commandé le silence.

Un refrain meurt doucement dans le carré. Les dernières paroles s’éteignent d’avoir été trop longtemps poussées. Les poitrines se vident encore en tribune, loin au-dessus de lui, mais déjà le tambour blondin a levé ses baguettes. Prêt. Avec un temps d’avance sur ceux qui n’ont pas encore compris, le tambour attend déjà le chant suivant.

Je suis arrivé à Auteuil au début des années 2000. J’avais découvert le Parc auparavant dès 1992, et m’étais abonné en tribune A en 1998 avec ma mère. Le PSG, c’est un peu une histoire de famille. Puis un gars de ma classe [1] m’a proposé de faire un déplacement avec les Lutèce Falco, pour voir si ça me plaisait… Et j’ai vu ! J’ai rejoint le Virage Auteuil dès l’année suivante, je me suis carté chez les Lutèce, et depuis je ne suis jamais reparti. Avec eux j’ai pu me rendre à Athènes, faire des déplacements dans toute la France. La semaine dernière par exemple j’étais à Monaco, sur la plage avant le match…

De connaître ce membre du noyau m’a permis de m’intégrer encore plus vite, de rencontrer du monde, de tout de suite m’investir avec les LF. C’était une chance.

La saison suivante, par un concours de circonstances, je me suis retrouvé au tambour. Plus pour dépanner qu’autre chose d’ailleurs. Ca se fait souvent comme ça : il manquait quelqu’un pour une mi-temps, j’ai pris les baguettes avec Clémence, et voilà. Elle m’a formé. Ensuite, à mon tour j’ai essayé de transmettre ce que je savais.

Les premières paroles du capo fusent à peine au travers des enceintes disposées aux extrémités du virage que déjà la baguette s’abat. Le son du tambour auquel beaucoup ne prêtent pas attention accompagne pourtant systématiquement les mélopées. Mais qu’il se taise, ou qu’il se rate et là, c’est toute la tribune qui tiquera… Le rouage est essentiel, mais fait partie du décor, quasi invisible.

« Le plus difficile, c’est de faire attention à ce qui se passe à la fois sur et en-dehors du terrain »

Les baguettes roulent sur la peau, coordonnées. Les tambours comme BNJ connaissent les rythmes de chaque chant, mieux que certains n’en connaissent les paroles. Ils se sont ancrés en eux et jaillissent comme par réflexe. Parce qu’un tambour n’a pas le temps de réfléchir, parce que son tempo doit suivre la voix et guider toute une partie de la tribune.

Les muscles des épaules de BNJ sont raidis, le dos se courbe. Le visage est marqué, tendu. Le tambour ne joue pas seulement : il frappe. Pour le Paris SG.

Aujourd’hui, avec Roxane, Damien, Aurélie et Clémence, chez les LF on s’occupe des tambours à cinq. On alterne, on se remplace en cours de partie pour qu’il y ait toujours au moins deux ou trois personnes en train de jouer, parce que mine de rien c’est assez physique. Je crois que dans le groupe, il ne viendrait à l’esprit de personne de descendre dans la fosse pour prendre notre place.

Si en dehors du terrain il y a toujours une peau à retendre, un tambour à réparer, le plus difficile ça reste les matches. Je suis obligé de faire attention à la fois à ce qui se passe sur le terrain et en tribunes. Parce qu’on ne tape pas la même chose s’il y a un corner pour nous, ou une action de but pour l’adversaire. Je dois savoir ce qui se passe dans le jeu, être capable d’impulser un truc qui bouge pour motiver tout le monde si besoin, tout en restant très attentif aux lancements des capos, que ce soit des LF ou des Supras.

Coup-franc pour Bordeaux. Viola, capo du groupe au faucon, hurle dans son micro, relayé par plusieurs membres au mégaphone. Les sifflets stridulent depuis tout le virage. Le vacarme tonitruant vrille les oreilles, la sirène d’un méga a été déclenchée et se mêle au déchaînement sonore. Paris mène, Bordeaux pousse, la fin du match approche et il ne faut rien lâcher. Perdu au pied de ce tumulte, un peu à part dans sa fosse, BNJ regarde la pelouse, bras levés, baguettes en croix au dessus de sa tête. Il fait silence. Le tambour joue pour Paris, pas pour ses adversaires. Le cœur du Virage, dont les battements rythment les chants ne peut opposer qu’une protestation muette. Les autres se lâchent. Lui attend, puis se détourne.

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Auteuil bleu bas, la fosse, côté Lutèce (photo LF)

Les tambours font battre le coeur du Paris Saint-Germain

Une fois le coup de pied parti, il faudra relancer la machine. Ne pas laisser la peur imprimer le moindre moment de silence. Empêcher les Parisiens de retenir leur souffle et les forcer à reprendre les chants, alors même que le danger atteindra son paroxysme. BNJ ne regardera pas ce coup-franc. Déjà il cherche du regard un point, au dessus des portes, du côté des Supras. Le tambour se prépare.

Au centre de la tribune, c’est le repaire de l’Homme des Bois, un ancien des SA. Ce gars c’est une icône, la référence : c’est lui qui mène le rythme. Nous, sur ces phases-là on le suit. Alors garder un oeil sur le terrain, accompagner les indications des gars au micro, tout en surveillant s’il y a un coup de mou dans les chants en tribune, pour relancer autre chose… au final depuis les tambours, on suit tout sauf la partie !

Même si depuis quelques années il n’y a pas grand spectacle sur le terrain, parfois ça me pèse. J’aimerais tout plaquer, quitter le no man’s land pour remonter en tribune et juste chanter, regarder le match. Je ne sais pas combien de fois j’ai dit aux autres que ce coup-là c’était la dernière, que je laissais les baguettes. Sauf que j’y retourne toujours. Je ne sais même plus pourquoi. C’est comme ça.

Le tambour sourit. L’arbitre siffle la fin de la rencontre. Les baguettes roulent leurs dernières salves, pour saluer les joueurs. Un petit coucou aux sympathiques hôtes bordelais, histoire de leur souhaiter un bon retour en car, et déjà BNJ redescend les escaliers du Parc. Le temps de défaire les cordes qui retiennent la bâche du groupe, d’aider à ranger le matériel et le tambour blond se fond dans la foule des supporters qui quittent le stade.

Parisien anonyme perdu au milieu des fans du PSG, il l’a encore juré juste avant de franchir les grilles : la semaine prochaine, à Sochaux, il ne faudra pas compter sur lui. Il n’est même pas sûr d’effectuer le déplacement dans le Doubs.

Sauf que d’ici là, il aura compris qu’il a autant besoin du Paris Saint-Germain que le Paris Saint-Germain a besoin de personnes comme lui. Baguettes dans la poche arrière au coup d’envoi, aux côtés de Roxane, Viola, ou Vor, et de son groupe, de tous les Ultras du Virage, de tous les supporters du Parc, quelle que soit leur mouvance, le tambour sera là. Lui ou un autre, qui prendra sa place, pour défendre les couleurs de Paris. Parce que BNJ, comme les autres, fait partie de l’armée du PSG.

P.-S.

Crédits photos :
- le logo de cet article est un montage de deux photos de Stephy’s In Paris ;
- les photos du Virage Auteuil sont reproduites avec l’accord des Lutèce Falco.

Notes

[1] Vor, membre du noyau des LF.

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1 commentaire a déjà été posté par nos lecteurs

  • #1
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    BNJ, celui du tambour.
    18 juillet 2010 00:48

    Quand te reverrais-je ?
    Paris Ville Lumière,
    Tous ceux qui t’aiment,
    Vivent Rouge et Bleu,

    Quand te reverrais-je ?
    Paris Merveilleux,
    Tous ceux qui t’aiment,
    Sont aujourd’hui malheureux.

    Quand te reverrais-je ?

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