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Face à la hausse des tarifs d’abonnement, les supporters protestent

Pour L’Équipe, les supporters sont des animaux

Retour sur le traitement médiatique du mouvement de protestation

mardi 5 août 2008, par Vivien B.

Pour L'Équipe, les supporters sont des animaux

Profitons du calme de l’intersaison pour revenir sur une (mauvaise) habitude de nombre de journalistes : taper dans « leur mince répertoire d’expressions convenues » [1] pour couvrir l’actualité. Ainsi la protestation des principales associations de supporters parisiens est-elle qualifiée de « grogne », un terme régulièrement utilisé dans les médias pour parler de manifestants, mais qui désigne pourtant des animaux…

Les supporters grognent, voilà le titre que L’Équipe a trouvé dans son édition du 19 juillet 2008 pour présenter les manifestations organisées par les associations de supporters parisiens pour maintenir la pression sur les dirigeants parisiens dans la négociation concernant le tarif des abonnements au Parc des Princes.

Les supporters parisiens grognent, c’est la crise au PSG

Le championnat n’a pas encore commencé et la direction du PSG doit déjà faire face à la colère d’une partie des supporters. Pour comprendre la grogne, il faut revenir aux origines du mouvement. La saison 2007-2008 se termine et le PSG vient de mettre en place ses nouveaux tarifs d’abonnement. Pour certaines catégories de places (notamment les tribunes basses d’Auteuil et de Boulogne), le prix des matches de Championnat connaît une hausse allant jusqu’à 60 €. « Inacceptable » pour les associations Supras Auteuil, Lutèce Falco et Authentiks, qui ont souligné leur incompréhension devant une telle augmentation « alors que l’équipe joue le maintien depuis vingt-quatre mois ». […]
Si David Fioux est ambitieux (« Pour comprendre la grogne, il faut revenir aux origines du mouvement »), la suite est pourtant des plus banales, l’article se contentant de préciser que les tarifs des abonnements se mettent en place une fois la saison précédente terminée…

Mais revenons plutôt sur le terme qui nous vaut de décortiquer ce bref entrefilet : la grogne. Plus qu’une expression malheureuse, il s’agit là d’une habitude de nombre de journalistes d’employer ce terme pourtant peu adapté afin d’évoquer les manifestations, d’une façon générale. Acrimed, une association de critique des médias, s’était penchée sur la question en mai 2003, à l’occasion des manifestations sociales de l’époque dans « La "grogne" : grévistes et manifestants sont-ils des animaux ? ». Arno Gauthey y rappelait notamment que « les journalistes professionnels sont des professionnels du langage. Leur pouvoir de nomination est fort. Le fait qu’ils utilisent tel terme plutôt que tel autre produit des effets considérables. »

Un préalable nécessaire à ce stade de l’analyse recommande de se renseigner sur la signification lexicographique des grognements. Pour cela, nous avons consulté le Trésor de la langue française informatisé (TLFi), via le site du CNRTL — nous en profitons d’ailleurs pour vous recommander chaudement ces outils. On y apprend deux définitions du verbe grogner. La première est en fonction du sujet concerné :
- Pousser son cri, si le sujet désigne le porc, le sanglier, l’ours ;
- Émettre une sorte de grondement, si le sujet désigne un autre animal ;
- Faire entendre un bruit sourd, si le sujet désigne une chose ;
- Émettre un bruit sourd, des sons inarticulés, si le sujet désigne une personne (exemples : Son mari grognait de douleur dans son sommeil (Zola, Germinal, 1885, p. 1358) ; Elle bâillait énormément, à se décrocher la mâchoire… Ouah ! Ouah ! qu’elle grognait à travers la nuit (Céline, Mort à crédit, 1936, p. 259).

La deuxième définition s’applique exclusivement à une personne :
- Manifester un sentiment, notamment son mécontentement, par des sons ou des paroles plus ou moins articulées.

Les synonymes proposés pour cette dernière définition sont les suivants : bougonner, maugréer, pester, ronchonner. Si l’on s’intéresse maintenant à la grogne, le TLFi nous indique que cette expression, familière, évoque « mécontentement, mauvaise humeur exprimée généralement en grognant ». Ses synonymes : bougonnement, grognerie, pleurnicherie . Arno Gauthey expliquait sur Acrimed :

Un mot fait généralement partie d’un champ lexical qui va en partie conditionner ses connotations. Dans le cas de « grogne », ce terme évoque bien vite : grognard, grognasser, grognement, grogner, grognon, grognonne, grognonner et bien entendu : groin. À leur origine, on trouve grunditus, substantif latin qui désigne un des sons émis par les porcs. Cette étymologie est directement présente dans grognement […] et dans grogner (cf. les définitions présentées ci-dessus).

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui parlent, et ceux qui grognent. Un supporter, ça grogne !

La fin de la démonstration d’Acrimed étant politique, nous nous contenterons d’en synthétiser les parallèles avec notre choucroute, en vous invitant à lire l’article dans son intégralité sur le site de l’association :
- En caractérisant le mouvement des associations de « grogne », L’Équipe tend à discréditer ces actions. Le message implicite est qu’il s’agit d’une perturbation anodine, d’une « pleurnicherie », mais pas d’une revendication légitime.
- Ces connotations ne sont pas explicites (il n’y a pas trace de condamnation en bonne et due forme des manifestations contre la hausse des tarifs), elles sont peut-être même involontaires. Le fait est qu’elles accompagnent pourtant l’information (l’existence de ces manifestations), et influencent ainsi leur perception par les lecteurs du quotidien sportif français.
- Surtout, elles renvoient à la distinction entre d’un côté les acteurs qui discutent, négocient (dirigeants, joueurs, sponsors, actionnaires…) ; et de l’autre ceux qui ne sont bons qu’à grogner (pleurnicher, bougonner, émettre des sons inarticulés, faire part de sa mauvaise humeur…).

Le PSG perd 12 M€ par an sur la vente d’abonnements

Pour finir, nous avons encore une chose à redire concernant ce bref article de L’Équipe :

[…] Le PSG, encore déficitaire la saison passée, estime que cette nouvelle grille tarifaire cessera de lui faire perdre de l’argent. […]
Finalement, c’est David Fioux qui avait raison : le championnat n’a pas encore commencé et on doit déjà faire face aux légèretés d’une partie des journalistes.

Début juillet, le Parisien estimait que le déficit du Paris SG en 2007/2008 serait de l’ordre de 12 à 14 millions d’euros. De là à penser que la hausse de quelques dizaines d’euros des abonnements en virage permettra de combler de tels montants… Il y a un pas que seul un journaliste peu attentif peut franchir — ce peut être également le résultat d’une coupe trop rapide, mais le résultat est quoi qu’il arrive désastreux.

Il fallait bien sûr comprendre : le PSG estime que cette nouvelle grille tarifaire lui permettra de ne plus perdre d’argent sur la vente d’abonnements en virages rouge, ce qu’il juge d’autant plus important qu’il a perdu plus de 12 M€ la saison passée. Pour comprendre ce dernier point, et plus globalement la protestation des supporters, David Fioux n’ayant pas concrétisé son ambition de « revenir aux origines du mouvement », nous nous y sommes attelés. Vous êtes cordialement invités à lire l’article Abonnements trop chers ? Les raisons de la colère.

Notes

[1] Selon l’expression d’Arno Gauthey dans un texte publié sur le site d’Acrimed auquel nous ferons référence dans cet article.

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